|
Pour une première réalisation, Alfred Lot ne s’est pas facilité la tâche. Non seulement il adapte un roman, La chambre des morts de Franck Thilliez, mais il s’attaque du même coup à un genre plutôt casse-gueule : le polar. Pari réussi  Nuit d’encre sur une autoroute près de Dunkerque. Vigo et Sylvain, deux amis informaticiens au chômage, roulent à tombeau ouvert, tous feux éteints. Une silhouette fugace apparaît soudain, puis le choc inévitable. A côté du corps du passant tué sur le coup, un sac avec 2 millions d’euros. Les deux compères décident de partir avec. Le lendemain, la police découvre dans un entrepôt aux abords de l’accident, une fillette morte, assassinée dans des circonstances étranges. Les enquêteurs ne tardent pas à faire le lien entre l’enfant qui avait été enlevée et l’argent disparu qui devait servir à payer la rançon. Lucie, jeune brigadier, participe à sa première enquête d’envergure… Le décor est planté, pas de doute : il s’agit bien d’un film noir… très noir. Caméra à l’épaule, Alfred Lot suit ses personnages dans des décors bruts, teintés d’une lumière gris-bleu, et dont l’image granuleuse a tôt fait de donner des sueurs froides. On s’attend alors, comme l’affiche du film - ratée au passage - pourrait le laisser présager, à un thriller macabre tout juste prompt à faire sursauter le spectateur par de simples effets de mise en scène… Il n’en est rien ; bien au contraire.
Coup double Démarrant sur les chapeaux de roue, le film adopte non pas un point de vue, mais deux. On suit tour à tour Lucie, une jeune policière hors paire dans sa recherche de la vérité - la partie la plus classique du film -, et les deux chômeurs coupables d’homicide involontaire et confrontés à leur problème de conscience. C’est lors de ces scènes très intenses et magistralement interprétées par Gilles Lellouche et Jonathan Zaccaï que La chambre des morts gagne en profondeur, prenant des allures de drame social. Des moments plus légers viennent ponctuer l’intrigue. Mais ils tombent toujours à point nommé, comme les échanges entre Lucie et sa mère, une cinquantenaire libérée, qui permettent de saisir un peu plus la personnalité de l’héroïne. La trame scénaristique est aussi l’occasion d’explorer la noirceur dont peut se parer l’âme humaine. Bourré de non-dits et de faux-semblants, le film implique, jusqu’au dénouement final, le spectateur qui ne saurait s’endormir dans cette chambre-là. Nicolas MANGIN. (www.lepetitjournal.com) mercredi 14 novembre 2007 La chambre des morts, réalisé par Alfred Lot. Avec Mélanie Laurent, Eric Caravaca, Gilles Lellouche, Jonathan Zaccaï, Céline Sallette, Laurence Côte… Sortie en France aujourd’hui. Site officiel du film.
|