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FOLKLORE - "Celui qui chante le rebetiko exprime les sentiments de son groupe social" Version imprimable Suggérer par mail
jeudi 08 novembre 2007

Le rebetiko, sorte de blues grec, est né dans les quartiers pauvres d'Athènes, du Pirée ou de Thessalonique après la Catastrophe de Smyrne de 1922.  Dinos Konstantinidis a décidé, il y a huit ans, de faire de ce style de musique le thème de son restaurant situé dans le quartier de Psirri

Dinos joue du rebetiko et du laïko dans son restaurant et les convives y dansent le zeïbekiko (Photo Serge Montval)

Le rebetiko, ainsi que tout ce qui était en rapport avec lui, y compris ses instruments (bouzouki, baglama), fut souvent interdit jusqu'en 1945 à cause des sujets que ces chansons abordaient : drogue, vin, ouzo, contestation sociale. Les rébétès chantaient le rebetiko dans les tékés et les tripots où l’on fumait du haschich ou de l’opium.
Le rebetiko était aussi le genre préféré des prisonniers : les instruments étant interdits en prison, ils ont inventé le baglama, forme réduite du bouzouki, que l’on pouvait cacher sous sa veste.
Pendant l’occupation allemande, le rebetiko exprima une forme de résistance contre les envahisseurs.
Oublié après guerre et considéré avec mépris par la bourgeoisie, il est redécouvert par les jeunes et les intellectuels dans les années 1970 (1967-1974) comme expression de la révolte contre le régime des Colonels.
Avec le retour de la démocratie en 1974, le rebetiko se transforme en genre folklorique. Avec ses rythmes lents mais stables, le laïko gagne du terrain. Il est largement connu et commence à être de plus en plus estimé. On pense que le laïko pourrait être une forme évoluée du rebetiko. Les paroles des chansons sont plus recherchées et le style a subi des influences variées. Après 1945, le laïko se fait une place en Grèce et prend ainsi la relève du rebetiko. Aujourd'hui, même les Grecs ont du mal à faire la différence entre le rebetiko et le laïko.

L'authentique rebetiko de Dinos Konstantinidis
Originaires de Smyrne, les parents de Dinos se sont réfugiés à Athènes en 1922. Aujourd'hui, il joue du rebetiko et du laïko dans son restaurant et les convives y dansent le zeïbekiko. Cette danse, généralement associée au rebetiko, est pratiquée par un homme seul, les autres formant cercle autour de lui. Le danseur fait des gestes lents, comme en transe, ses mouvements sont censés représenter sa souffrance, exprimer ses sentiments.
"Les danseurs du zeïbekiko regardent toujours par terre, comme s’ils voulaient se battre avec la mort, lutter pour leur vie", explique Dinos. De nos jours, les danseurs oublient souvent son sens premier. "Les anciennes chansons, improvisées et non professionnelles, étaient composées juste dans le but d'exprimer ses sentiments" ajoute-t-il.
Le Skolion est l'un des derniers restaurants de ce type dans le quartier de Psirri. Lorsqu'il commence à jouer, son programme n'est pas établi. Il le compose en fonction de son public et de ses demandes. Le plus souvent, l'auditoire se met à chanter et à danser avec lui, dans une ambiance chaleureuse et amicale.
Son public est composé en grande partie d’étudiants, mais aussi de personnes plus âgées qui ont entendu parler du Skolion par leurs enfants. Tous sont là autour d'un même but : retrouver les origines du rebetiko. Les touristes sont également présents, curieux de découvrir une musique traditionnelle authentique.
Serge MONTVAL. (www.lepetitjournal.com - Athènes) vendredi 9 novembre 2007
(avec la participation de Vassiliki Vlachou, Nathalie Biet, Gaëlle Fauquembergue et Liliya Likotseta)

Le Skolion
Katsikogianni 5
Psirri
Tel : 210 32 46 098

Quelques repères :

Grande Catastrophe : déracinement des Grecs d’Asie Mineure et destruction de la ville de Smyrne en septembre 1922. Plus d’un million de Grecs d’Asie Mineure gagnent la Grèce et s’installent principalement dans les grandes villes (Athènes, le Pirée, Thessalonique).
Dimotika : musique populaire originaire de la campagne.
Laïka : musique qui s’est développée après la guerre dans les grands centres urbains de Grèce, par opposition au dimotiko.
Zeïbekiko : danse, probablement originaire d’Asie Mineure, la plus fréquemment associée au rebetiko. Elle est dansée soit par deux personnes face à face, soit par une seule personne avec des mouvements improvisés, virils, graves. Ceux qui la dansent sont les Zeïbekidès (Zeïbekis, en turc, veut dire jeune brave), Grecs islamisés originaires de Thrace, qui étaient réputés pour leur bravoure et leur valeur guerrière.
Téké : dans le monde turc, lieu de réunion des derviches. Au Pirée et dans d’autres villes grecques, ce mot désignait de petites échoppes, des tripots, où l’on fumait du haschisch.


 
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