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GONCOURT – "Alabama song" ou comment vivre dans l’ombre de l’autre |
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| Ecrit par Betty RUBY,
le 07-11-2007 23:00
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En enfilant les chaussures de Zelda Fitzgerald à qui il confie sa
plume, Gilles Leroy observe les ravages de l’amour à l’épreuve du
succès. Même si le journal inventé de Zelda se déroule entre 1918 et
1943, Alabama song est un roman diablement actuel. Et, fait rare, un Goncourt accessible
"Personne ne sait comment on a pu s’aimer au départ ni comment on s’est
supportés toutes ces années" écrit Zelda par la voix de Gilles Leroy
(photo AFP)
Il n’est pas nécessaire de connaître l’univers d’origine ou littéraire
de Scott et Zelda Fitzgerald pour se plonger dans Alabama Song. Le
Goncourt 2007 a couronné un roman ultra classique mais grand public
aussi puisque Gilles Leroy y évoque la grandeur et la chute d’une fille
du Sud américain écrasée par le succès de son mari.
Qu’elle s’appelle Zelda Sayre, fille du juge de Montgomery, et épouse
de Scott Fiztgerald -père notamment de Gatsby le magnifique ou de
Tendre est la nuit, ajoute un piquant contexte de références puisque le
couple a défrayé la chronique de ses frasques joyeuses dans les années
20 puis de sa déchéance dix ans plus tard. Et qu’il fascine toujours.
En se glissant dans la peau de Zelda, à qui il remet les clés de sa
narration, l’écrivain français joue de sa propre imagination pour la
faire vivre. Même si Leroy s’est beaucoup documenté sur le célèbre
couple, Alabama Song reste une œuvre de fiction. En fin d’ouvrage,
l’auteur explique les passages où son imagination s’est affranchie des
données biographiques -notamment sur la vie sexuelle de ses personnages.
D’ailleurs, dans son ton non plus Leroy ne cherche pas une
retranscription fidèle du lieu ou de l’époque. Mais les expressions
actuelles qu’il colle dans la bouche de Zelda s’accordent parfaitement
avec sa pétulance loufoque et avant-gardiste des années 20.
Couple et création
En fait, le côté biographique importe moins que son projet atemporel :
la déchéance d’une femme blessée dans ses ambitions par le génie de son
mari et par ses propres errances. Les questions que soulève cette Zelda
là interrogent le lien amoureux face à la création artistique. La femme
d’un écrivain est-elle son inspiration ou sa correctrice ? Comment
participe-t-elle au travail de l’autre ? Et comment maintient-elle son
propre chemin ? Vivre auprès d’un génie revient à se terrer dans son
ombre. Or la fille du soleil aspirait à d’autres éclats.
Alabama Song -dont le titre est emprunté à la pièce Grandeur et
décadence de la ville de Magahonny de Brecht reprise plus tard par les
Doors-, est un journal intime et féminin à la linéarité écorchée par les
séjours en institution. Qu’il soit celui inventé de Zelda Fitztgerald
est d’autant plus attachant que la dame a été, et reste, un personnage
hors du commun.
Peu importe le vrai du faux, on prend plaisir à le lire de la première
à la dernière page. Ce qui est assez rare pour un Goncourt.
Betty RUBY. (www.lepetitjournal.com) jeudi 8 novembre 2007
Alabama Song, Gilles Leroy, éd. Mercure de France, 192 p., 15€. Prix Goncourt 2007
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