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POLITIQUE-Quand la religion est au service du pouvoir |
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lundi 05 novembre 2007 |
Quatre-vingt coups de fouet : c’est la peine qui attend les journalistes accusés d’avoir publié des rumeurs ou des infos erronées. La dernière fatwa du Cheikh d’Al Azhar a suscité un grand débat. Elle intervient juste après la condamnation des journalistes accusés d’avoir diffusé des rumeurs sur la santé du président de la République. La fatwa provoque, de nouveau, des questions sur le rapport entre politique et religion.

"Une nouvelle menace à la fois contre la liberté de l’expression et la crédibilité de la plus grande institution islamique au monde (Al Azhar)", ainsi est considérée la fatwa de la flagellation par beaucoup d'Egyptiens. Le Cheikh Mohamed Sayed Tantawi, le Grand Imam d’Al Azhar a déclaré dans son discours à l’occasion de la nuit du destin, dernière semaine du mois de ramadan, que la peine de la flagellation (80 coups de fouet) est appliquée à ceux qui divulguent des rumeurs. La fatwa intervient quelques semaines après la condamnation des journalistes accusés de publier des infos "erronées" sur la santé du président. L'interprétation du discours de Tantawi est claire: la peine concerne les journalistes.
Arme politique L’Egypte connaît depuis quelques années des débats entre les journalistes de la presse indépendante et les autorités sur la liberté de l’expression. Quelques rédacteurs en chef ont été condamnés pour avoir critiqué le président de la République ou les membres du parti majoritaire (le Parti National Démocrate – PND). Pour la plupart des journalistes, la fatwa est considérée comme nouvelle arme de pression politique. "Tantawi a corrompu le rôle d’Al Azhar et son statut religieux éminent", affirme Moustafa Bakry , rédacteur en chef du journal Al Osboua. Adel Hamouda, le chef de rédaction du journal Al Fajr, et un des journalistes condamnés, demande "pourquoi le Cheikh reste-t-il silencieux envers la corruption des membres du PND et la fraude éléctorale ?" De son coté, Tantawi a affirmé qu’il ne visait pas les journalistes en particulier. Par contre, il avait déjà rendu illicite l’achat des journaux qui publient les rumeurs. Cette fatwa n’est pas la première à susciter un débat. D'autres qui ont rendu licites les intérêts des banques et la non obligation du port voile dans les pays occidentaux avait déjà dérangé l’opinion publique. Cette dernière avait été promulgée suite à la visite de Nicolas Sarkozy, fin 2003, en pleine polémique sur la loi française sur la laïcité, qui interdit le voile à l'école. Pour Gamal Fahmy, membre du syndicat des journalistes "Tantawi utilise Al Azhar pour des raisons politiques. Il fait de l’islam une religion primitive qui sacralise le régime". Pour Amena Nosseir, professeur de la philosophie islamique à l’université d’Al Azhar, "Le grand imam n’est qu’un employé. Il fait partie du régime". C’est l’avis que partage la plupart des Egyptiens. "Al Azhar n’est qu’un des outils qu’utilise l’autorité", affirme Karim Mokhtar, médecin. Pour Mariam Mahmoud, professeure : "Mêler religion et politique est une vraie corruption". L’affaire a suscité le débat sur la manière de nommer le grand imam, qui élu jusqu’en 1961, l’année de la promulgation de la loi 103, qui prévoit la nomination du grand imam par le président de la République.
Marwa Helmy, (www.lepetitjournal.com, Le Caire), 5 novembre 2007 |