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ENTRETIEN - Cristian Grecu, citoyen européen en colère Suggérer par mail
lundi 29 octobre 2007
Christian Grecu est le président de l’association "Action civique directe". C’est par hasard qu’il s’est intéressé aux agissements frauduleux des autorités de la commune de Ceahlau, dans le district de Neamt (Moldavie). Il était question d’un projet de modernisation d’une route communale, financé par les fonds de pré adhésions Sapard. Il raconte les nombreuses démarches qu’il a effectuées pour dénoncer ce cas et les explications qu’on lui a données

LPJ : Comment vous êtes-vous rendu compte qu’il existait une possible fraude ?
Cristian Grecu : Je passais souvent par cette route et j’observais que les travaux ne se déroulaient pas vraiment correctement. Avec mon association, on a alors commencé à s’intéresser à ce projet. Deux mois à peine après l’inauguration de la route, on a constaté l’état désastreux des travaux. On a fait une première session de photographies. J’ai saisi l’agence Sapard en Roumanie ainsi que la Direction de contrôle antifraude. J’ai demandé s’ils avaient fait des contrôles sur ce projet et ils ne m’ont pas répondu. Lorsqu’ils ont vu que j’insistais, ils m’ont fait savoir qu’il n’existait aucun problème. Toutes les démarches que j’ai effectuées en Roumanie ont été soldées par des tentatives d’intimidations, tant au niveau local que national.

Vous vous êtes alors dirigé vers Bruxelles...
On a fait encore deux sessions de photographies pour voir comment évoluait la situation. J’ai envoyé  au chef de la délégation européenne en Roumanie d’alors, Jonathan Scheele, un document que j’ai accompagné de photos. Il a pris connaissance de la situation et il nous a dirigé vers l’OLAF (Officie européen de lutte anti-fraudes). Après une longue correspondance, l'OLAF a décidé de faire une investigation sur le terrain, chose qui n’était jamais arrivée jusqu’à maintenant.

Quel a été le résultat ?
On a reçu les conclusions de l'enquête en septembre 2007, soit deux ans après le début de l’affaire. Celles-ci expliquaient que la somme allouée par l’Union européenne pour ce projet (qui se chiffre en centaines de milliers d'euros, ndlr) avait été retirée entièrement. Le problème a donc été transféré à l’État roumain qui n’a pas pu récupérer l’argent chez ceux qui avaient commis l’infraction. Ce sont les contribuables roumains qui ont payé. C’est d’ailleurs ce que l’on nous a dit ici : "On sait qu’il y en a qui vole, mais si vous n’aviez rien dit, c’est l’UE qui aurait payé. Maintenant, c’est nous tous qui payons". Voilà le raisonnement.

Que concluez-vous de cette démarche citoyenne ?
Ça nous a demandé beaucoup de temps et d’investissement. Et nous ne pouvons pas compenser le manque de transparence entre les autorités roumaines et européennes. Nous, citoyens, nous sommes pris entre différentes bureaucraties qui ont chacune leurs règles. La corruption est généralisée dans notre système. Il y a beaucoup d’autres projets dans toute la Roumanie qui sont dans des états déplorables. La réalité est simple, mais il faut aller sur le terrain. S’il n’existe pas de réactions rapides, la Roumanie risque de devenir un trou noir pour les contribuables européens.
Propos recueillis par Jonas MERCIER. (www.lepetitjournal.com - Bucarest) lundi 29 octobre 2007

 
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