Lors de l'assemblée générale d'EADS lundi. Des petits actionnaires ont porté plainte contre lui pour acte d'intimidation et menaces (Photo AFP)
"J’ai le choix entre passer pour quelqu’un de malhonnête ou d’incompétent, qui ne sait pas ce qui s’est passé dans ses usines, j’assume cette deuxième version", déclarait Arnaud Lagardère en juin 2006 suite aux déboires d’Airbus avec le retard de l’A380. Pourtant la question se pose encore pour la commission des finances de l’Assemblée nationale, devant laquelle l'industriel est allé s’expliquer hier.
Avait-il connaissance du retard qu’avait pris la livraison de l’A380 ? Et sachant cela, a-t-il vendu 7,5% de ses parts dans le capital d’EADS avant que l’action du groupe européen ne chute suite à cette annonce ? Non, il ne le savait pas, a-t-il répété. Tout juste était-il au courant des "difficultés industrielles" ; ce qui est une grande nuance selon le PDG du groupe éponyme. Grande aussi a été la plus-value réalisée suite à la vente des actions : pas moins de 2 milliards d’euros. Mais Lagardère n’est pas du genre à se laisser faire.
Le mal-aimé ?
Il a déjà dû faire face à la défiance, celle des ingénieurs en armement, remettant en cause sa légitimité pour prendre la suite de son père, Jean-Luc Lagardère, décédé le 14 mars 2003. Puis il a bataillé avec la seconde épouse de ce dernier, Betty, qui lui a disputé l’héritage. Lagardère fils s’est enfin débarrassé un à un des hauts dirigeants de l’entreprise familiale.
Peu à peu, sa politique s’est dessinée : une convergence avec les médias. Le groupe Lagardère possède 260 titres dans 34 pays. Mais en étant proche de Nicolas Sarkozy, Lagardère a aussi créé la polémique ; l’indépendance de ses médias est remise en cause. Suite notamment au limogeage d’Alain Genestar de la direction de Paris-Match, sous la pression supposée du chef de l’Etat -ministre de l’Intérieur à l’époque-, mécontent de voir publié une photo de Cécilia en compagnie du publicitaire Richard Attias. Sans oublier les journalistes du Journal du Dimanche qui le soupçonnent d’avoir bloqué un article indiquant que l’ex-épouse de son ami Sarkozy n’était pas allée voter au second tour des présidentielles.
Jusqu’au bout
Alors, Lagardère, est-il un brouilleur de pistes ? Pour lui, tout est clair dans l’affaire EADS : "L'Etat savait ce que je savais, et ce que je ne savais pas l'Etat ne pouvait pas le savoir". Autrement dit, l’Etat, son partenaire français au sein du pacte d'actionnaires dirigeant le groupe EADS, avait été mis au courant à plusieurs reprises selon lui, entre fin 2005 et mars 2006, de la future transaction. Toujours selon l’industriel, elle ne visait qu’à alléger la participation du groupe Lagardère dans l’aéronautique pour se recentrer sur son pôle média.
Reconduit comme simple administrateur en début de semaine, Lagardère possède encore 7,5% de parts dans le capital d’EADS et a réaffirmé son souhait de ne pas en sortir durant ces cinq prochaines années. C’est sans doute ce qu’on appelle un recentrage tranquille.
Nicolas MANGIN. (www.lepetitjournal.com) vendredi 26 octobre 2007
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