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ELECTIONS - "Les partis traversent une grande crise" Suggérer par mail
jeudi 25 octobre 2007
Hugo Passarello Luna est le créateur et directeur du site www.argentinaelections.com, chercheur, diplômé de politique internationale de l'université de British Columbia (Canada). Il livre au petit Journal de Buenos Aires une analyse de la situation politique de l'Argentine à la veille des présidentielles

Cristina en campagne (photo DR)

Le Petit Journal: Qu’est ce qui distingue ces élections argentines des précédentes ?
Hugo Passarello Luna: La principale caractéristique de cette élection réside très certainement dans le manque d’intérêt des électeurs (voire même des propres candidats). A quelques jours du vote, la campagne semble être absente de la société. Cet état de fait est sans doute causé par l’assurance générale que la gagnante de ces élections sera Cristina Fernández de Kirchner mais aussi au sentiment qu’il n’y a pas d’enjeu, qu’il n’y aura pas de grands changements puisque les propositions des candidats sont, pour une grande partie des argentins, peu lisibles.

Les propositions des candidats sont presque inexistantes, pourquoi ?
C’est une campagne où les candidats ont exposé peu d’idées aux électeurs ou alors de manière peu lisible. Ajouter au peu d’intérêt suscité par ces élections, les candidats et leurs programmes n'ont eu que peu d'espace médiatique. De plus, il est très difficile de voir clairement les différences entre les 14 candidats qui se présentent. Par conséquent, ceux-ci choisissent plutôt de souligner leurs particularités par rapport à un concurrent, surtout si celui-ci appartient à une famille politique proche de la sienne afin de convaincre l’électeur hésitant entre deux candidats qui se ressemblent.

Pourquoi l’opposition a-t-elle tant de mal à exister?
Les partis politiques traversent une grande crise en Argentine. Les grands partis nationaux ont pratiquement disparu (notamment le parti radical -UCR- ou le parti péroniste -PJ), l’opposition doit faire face à d’énormes difficultés pour s’organiser, gagner une élection et exister au-delà de quelques années. La seule structure qui donne des possibilités de s’organiser politiquement est l’Etat, que tous les partis ont utilisé à des fins électorales. Par conséquent, tout se construit autour de personnalités : Carrió, Lavagna, Rodriguez Saá ou Kirchner. Ainsi les intérêts particuliers de ces personnalités prévalent sur les compromis nécessaires à la construction d’un parti. C'est pourquoi les propositions de ces candidats se ressemblent.

Assiste-t-on à la mise en place d’une dynastie Kirchner?
Ce serait difficile de l’affirmer. La prochaine présidence devra affronter de grands défis, surtout dans le domaine économique car le développement va se poursuivre mais plus faiblement. Cette situation est liée à la crise énergétique, à la faiblesse de l’investissement et la tant redoutée inflation. Tout dépendra de la façon dont Cristina, à être élue présidente, gérera ces différents défis. Si son bilan est positif, elle aura alors une possibilité d’être réélue ou que son mari redevienne président. Mais nous ne le saurons que lors de la deuxième partie du probable mandat de l’actuelle candidate.

Cristina Fernández de Kirchner a-t-elle une véritable existence politique? Quelle va être sa politique?
Compte tenu de son manque d’antécédents à un poste exécutif, il va falloir attendre sa possible prise de fonction pour voir si elle a vraiment une existence politique. En temps normaux, c’est l’inverse qui se produit mais l’Argentine peut réussir des choses qui seraient inconcevables dans d’autres pays. Il est également difficile de se référer à son programme pour répondre de son existence politique puisqu’elle n’a que très peu présenté son programme concret. La candidate préfère jouer sur l’idée de continuité de la politique de son mari mais elle le fait de manière vague. Sa phrase de campagne est "on sait ce qu’il reste à faire et comment le faire". Mais sans prendre la peine de nous expliquer ce qu’il manque et encore moins comment le réaliser.
Propos recueillis par Caroline Béhague (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) jeudi 25 octobre 2007
 
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