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Acide Sulfurique d’Amélie Nothomb et Le roman des Jardin d’Alexandre Jardin commencent déjà à s’arracher. Il manque pourtant à l’un les qualités de l’autre
Pourquoi ne pas écrire à quatre mains ? (Photos : AFP)
La téléréalité plonge Amélie Nothomb dans une colère folle. Pas tant les émissions elles-mêmes que les réactions des spectateurs qui disent regarder au second degré, juste pour voir jusqu’où on peut aller dans la bassesse. Acide sulfurique, son 14e roman débute donc ainsi « Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus ; il leur en fallut le spectacle ». Concentration est donc une émission qui rappelle le fonctionnement des camps de l’horreur : chaque jour, deux candidats qui n’ont pas choisi d’y participer sont mis à mort. Excellent sujet… Le problème d’Amélie Nothomb tient à son indomptable imagination qui, au lieu d’alimenter le récit le fait sautiller d’une idée à une autre. En place d’événements construits et étoffés, elle se perd dans une verve chaotique, où l’accumulation de réflexions intempestives la dispute aux jolis mots. La vraisemblance du récit l’intéresse moins, par exemple, qu’une épuisante théorie des prénoms. Seul le dialogue lui permet de travailler les relations entre les personnages. Nothomb maîtrise le fictif, Jardin le récit La forme théâtrale serait plus appropriée à la marque d’Amélie Nothomb : elle lui permettrait de conserver son style percutant sans avoir à bâtir une histoire qui se tienne. C’est un peu l’inverse qui se produit chez Alexandre Jardin. À 40 ans, l’écrivain voulait exposer l’univers fantasque et familial dans lequel il a grandi. Il est certain qu’entre une mère polygame, une guenon habillée aux repas ou un grand-père coco et collabo, les personnages de sa famille portaient de véritables excentricités. Inutile d’avoir beaucoup à imaginer. Aussi, en vrai conteur, il rend fascinant le moindre souvenir. À tel point que les subterfuges utilisés pour tenir le lecteur en haleine deviennent vite lassants. Étant donné la teneur de son contenu, Le roman des Jardin se serait satisfait d’une sobre autobiographie. Pourquoi alors en rajouter des tonnes ? Si Jardin apportait son art du récit à l’imagination lunaire de Nothomb alors on obtiendrait un roman digne de ce nom. Ni Acide Sulfurique ni Le roman des Jardin ne sont désagréables à lire. Mais, en l’état, l’un comme l’autre proposent à la fois trop et pas assez. Betty RUBY. (LPJ) 2 septembre 2005
Acide sulfurique, Amélie Nothomb, Albin Michel, 193p, 15,9€ Le roman des Jardin, Alexandre Jardin, Grasset, 312p, 18€
Également en librairie — Le tiroir à cheveux, Emmanuelle Pagano (P.O.L) : Une toute jeune fille, élevée dans une caserne de gendarmerie, donne la vie à un enfant végétatif. Elle tente de s’en sortir en travaillant dans un salon de coiffure où elle prend un certain plaisir à toucher les chevelures des clientes comme elle aimait caresser, enfant, une natte coupée. Sur ce fond dramatique, Emmanuelle Pagano compose un joli roman de détresse et de volonté, servi par un sens de la formule juste et concis. — Je t’oublierai tous les jours, Vassilis Alexakis (Stock) : Le nouveau roman autobiographique de Vassilis Alexakis est un long monologue adressé à une femme absente et essentielle : sa mère. Il lui relate les événements de sa vie, son arrivée en France, les maisons où il vit, les passages du grec au français… et dresse le portrait d’un homme accompli, sous la forme d’une conservation qui ne saurait s’interrompre. — L’Irréaliste, Pierre Mérot (Flammarion) : Les lecteurs avaient fait connaissance avec Pierre Mérot et son double romanesque l’année dernière avec Mammifères. L’Irréaliste prolonge la rencontre avec un personnage alcoolique et désabusé, souvent drôle, parfois irritant, mais toujours incisif qui dit de lui-même : "Je ne sais pas construire une histoire, je suis un immense bavardage accoudé à un comptoir". Le milieu de l’édition y est décrit de manière plutôt jubilatoire. (LPJ – 02/09/05)