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MUSIQUE – Nosfell, rock en Klokochazia Version imprimable Suggérer par mail
mercredi 24 octobre 2007

Souvent décrit comme l’un des artistes les plus talentueux de sa génération, Nosfell était de passage à Madrid samedi dans le cadre du Festival de Otoño. L’occasion pour LPJ d’en savoir un peu plus sur ce garçon mystérieux qui chante dans une langue imaginaire, le Klokobetz, accompagné du musicien Pierre Lebourgeois

Nosfell a séduit le public de la Casa Encendida samedi dernier

Quel est l’univers de Nosfell ?
Nosfell :
Je raconte des histoires où il est question d’un endroit (la Klokochazia) où vivent des personnes qui ont vécu différentes choses les unes avec les autres ou les unes à côté des autres. Dans cet endroit interviennent aussi des divinités. Il y a un aspect un peu mythologique qui est préexistant à la musique. Je puise dans les histoires que je me raconte depuis que je suis enfant. La musique, en tant que discipline artistique, a été un outil pour rendre légitime socialement ce qui pouvait a priori m’empêcher d’avancer.

Et la rencontre avec le public, comment se passe-t-elle ? Vous cherchez toujours à "susciter l’humain" ?
Nosfell :
On se place dedans, avec le public. On ne cherche pas à le manipuler. Des musiciens comme Jimi Hendrix ou John Coltrane amenaient leur public à quelque chose de spirituel, au-delà des considérations matérielles et esthétiques. Pourtant, ils n’en étaient peut-être même pas conscients. Quand on voit les concerts d’Hendrix, on voit une communion entre ce gars qui joue de la guitare et les gens qui sont face à lui. Les films de Jean Rouch, c’est la même chose et pourtant ce n’est pas du tout la même culture. Je rêverais de pouvoir vivre cela avec le public. À chaque fois qu’on monte sur une scène on essaie de se rapprocher de cet état de transe. On essaie d’arrêter le temps, de proposer aux gens quelque chose, de les amener quelque part, de les séduire.

Vous privilégiez l’énergie instinctive ?
Pierre (violoncelliste et bassiste) :
On laisse surtout une grande place à l’écoute. On part de l’écrit mais lorsqu’on monte sur une scène on doit créer un moment unique pour les gens et pour nous. On va aller chercher ce qu’on appelle "l’humain" dans la rencontre et dans l’écoute, autant vis-à-vis du public qu’entre nous deux. On se provoque, on se donne des pistes, des sorties… C’est une sorte d’improvisation maîtrisée. Une recherche de liberté dans des exigences restrictives.

L’utilisation du Klokobetz s’inscrit-elle dans une démarche qui préfère suggérer le sens plutôt que de l’imposer ? C’est une manière d’universaliser vos paroles ?
Nosfell :
Je crois qu’il s’agit de la résultante, mais la démarche est finalement très égocentrée. Comme les histoires, ce langage est quelque chose que j’entretenais avec mon père dans mon enfance. Adolescent, j’ai voulu lui donner un sens, parce que je n’avais pas la force de m’en affranchir, de tourner la page. Je me suis accroché à ça. Si cela prend la forme d’une "universalité", je suis bien heureux. Mais effectivement, dans ma façon de le présenter aux gens j’incorpore le langage dans quelque chose de musical, d’artistique et je n’impose pas de sens. Je le propose avec les couleurs musicales, avec la gestuelle, avec l’histoire que je raconte avant et après. C’est la différence entre imposer et proposer.

Vous avez des influences dans cet art de la suggestion ?
Nosfell :
Je pense à Fernando Pessoa. En faisant des mises en abyme de sa propre identité, il arrive à proposer de nouvelles idées. Quand je lis Pessoa, je me sens toujours un peu perdu. On est à la fois d’accord et pas d’accord. Peter Handke aussi joue pas mal avec l’impression du lecteur.

Qu’est ce qui vous procure le plus de plaisir sur scène ?
Pierre :
Il y a l’inattendu. L’attendu qui se produit… (rires). Mais on ne s’en rend compte qu’après coup. C’est difficile à dire.
Nosfell : Je crois qu’on ne le sait pas. On le redécouvre à chaque fois. Si on connaissait ce qui nous procure le plus de plaisir sur scène, on le rechercherait tous les soirs.
Pierre : Ça pourrait être frustrant d’avoir toujours cet Eldorado à poursuivre.
Nosfell : Mais on aime vraiment la scène, à tel point que je suis assez flippé par la fin de cette tournée. Je vais me retrouver comme un lion dans une cage !
Propos recueillis par Arnaud BOULARAND. (
www.lepetitjournal.com Madrid) mercredi 24 octobre 2007

 
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