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Depuis quelques mois, on peut lire sur les murs des quartiers populaires de Berlin l'inscription "Köpi bleibt !" : le cri du cœur de ceux qui continuent à croire que le plus célèbre des squats berlinois va échapper à la liquidation. Epopée d’un lieu emblématique de la contre-culture européenne "Köpi reste !", le cri des défenseurs du squat de Köpenickerstrassse (Photo Marie Norre)
"Pas de problème pour les photos tant qu'on ne voit personne dessus". Les habitants du Köpi sont un peu tendus. "On a reçu la première lettre d'expulsion", explique le barman de la salle de concert aux murs couverts de graffitis. Le 5 mai, les bâtiments du n°137 de la Köpenickerstrasse, d'où le Köpi tient son nom, a été vendu aux enchères. Le squat du quartier de Mitte, occupé depuis 1990, s'est imposé comme une place centrale de la culture alternative et une tribune pour l'extrême gauche anti-capitaliste. Le squat, qui héberge une quarantaine de personnes en permanence, abrite un café et plusieurs espaces d'exposition et de projection. Le nouveau propriétaire, qui veut implanter un complexe hôtelier sur son terrain, projette de raser les bâtiments et invite les occupants à quitter les lieux dans les plus brefs délais. La revente du terrain, jusque là propriété de la ville, semble bien sonner le glas du Köpi. Mais la presse allemande (notamment un article du Bild Zeitung, fin septembre) a récemment révélé les ennuis judiciaires du nouveau propriétaire, qui serait impliqué dans plusieurs affaires de fraude fiscale dans tout le pays. Un nouveau sursis potentiel pour les occupants et les défenseurs du Köpi.
Une affiche de résistance (Photo Marie Norre)
Le témoin des tensions entre "Ossis" et "Wessis" Car le Köpi en a vu d'autres. Premier squat de l'Est de la ville occupé par des autonomistes de l'Ouest à la chute du mur, il est le témoin privilégié des tensions entre "Ossis" et "Wessis" consécutives à la réunification. Après une période de relative tolérance à l'égard des squats, les autorités ordonnent l'évacuation des lieux occupés. Devant les réactions parfois violentes, des contrats de location sont délivrés. En 1995, Le Köpi échappe de nouveau à la liquidation, alors que le terrain du 137 Köpernickerstrasse est vendu une première fois. C'est une véritable aubaine qui le sauve : le propriétaire fait faillite et doit renoncer à son acquisition.
Quel avenir pour la contre-culture européenne ? Cette fois, les squatteurs suivent de très près les avancées de l'enquête au sujet de leur nouveau propriétaire. Sur leur site internet, ils demandent à toute personne qui détiendrait des informations de se manifester pour alimenter les charges qui pèsent contre lui... et affichent les soutiens, nationaux et internationaux, de ceux qui craignent de voir, après la liquidation de l'Ungdomshuset de Copenhague, un nouveau symbole de la contre-culture européenne s'effondrer. Selon Patrick, un jeune Danois de passage : "Si le Köpi est vidé, ce sera encore pire qu'à Copenhague, où la police a mis trois jours pour évacuer les lieux. Ici, à Berlin, il y a énormément de gens qui sont prêts à donner de la voix pour le Köpi." Marie NORRE. (www.lepetitjournal.com - Berlin) jeudi 25 octobre 2007 |