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Mercredi soir, Le Peuple de l’herbe a présenté à Madrid son dernier album, Radio Blood Money. Après 10 ans de carrière et quatre albums, l’impressionnante énergie des débuts est toujours là. Mais l’engagement est plus marqué. Rencontre avec Patrick alias DJ Pee, co-fondateur du groupe Le Peuple de l'herbe en concert mercredi dernier (photo Néstor Noci – www.bcnconcerts.com)
Le Peuple de l’herbe a été fondé en 1997. Comment avez-vous évolué en 10 ans? Le groupe a déjà évolué physiquement puisque DJ Stani, avec qui je l’ai fondé, est parti pour se consacrer à d’autres projets. C’est Spagg maintenant qui le remplace aux machines et qui joue de la basse. En terme d’évolution musicale, on a surtout essayé d’éviter de se répéter.
Les envies sont différentes aujourd’hui ? On a surtout eu envie d’être de plus en plus musical. A l’origine c’est un projet de DJ et aujourd’hui on tend plus à être un groupe. Particulièrement, sur le dernier album, on souhaitait faire quelque chose de plus sérieux parce qu’on trouvait qu’on était trop pris pour des amuseurs publics. On l’a écrit pendant la campagne électorale et on a eu envie de prendre quelques positions. Avant on prenait des positions en tant que citoyens mais pas en tant qu’artistes. La chose qui nous fait le plus peur c’est la démagogie. Donc on faisait très attention à ne pas mélanger les deux. Ne pas dire aux gens "faites ceci, votez pour untel…" mais plutôt amener des idées pour que les gens tranchent eux-mêmes. Un quatrième album plus engagé donc… Oui, sur Radio Blood Money on a essayé d’utiliser le biais de la science-fiction pour amener quelques pistes de réflexion sur la société actuelle. En toute simplicité attention ! On n’est ni des prophètes ni des philosophes. On a juste voulu amener des pistes, en se servant des classiques comme 1984 de Georges Orwell, Aldous Huxley ou Philip K. Dick, qui a inspiré le titre de l’album (Dr Bloodmoney est un roman de P.K Dick, l'histoire d'une société après la chute de la bombe destructrice, NDLR). Ce dernier album fait clairement penser à une bande originale de film. Quel réalisateur vous mettrait tous d’accord si vous deviez composer une BO ? Je pense qu’on serait tous d’accord sur John Carpenter. D’abord parce qu’il est aussi musicien ; il a très souvent composé les bandes originales de ses films et a été énormément samplé, que ce soit dans le hip hop ou la techno. Aussi parce qu’il y a toujours une prise de position sociale dans ses films, même s’il "joue" à faire de la série B ou de la série Z. Qui est le Peuple de l’herbe ? Un groupe ? Un collectif ? Des militants ? Un collectif oui parce qu’on est 12 sur la route. Des militants je ne sais pas…Encore une fois on veut vraiment éviter la démagogie. Mais forcément citoyens oui. La scène lyonnaise a pris une place importante dans le panorama des musiques actuelles, avec Le Meï Teï Shô et High Tone. Vous revendiquez une certaine appartenance à une famille lyonnaise ? Oui forcément puisqu’on a fait la tournée Lyon Calling avec eux, organisé par le label lyonnais Jarring Effects. Il s’avère que High Tone sont des amis, que Sir Jean, qui tourne avec nous, est le chanteur du Meï Teï Shô. Ce sont des groupes qu’on connaît depuis longtemps et de fait ça forme une scène. Dans 5 ou 10 ans, si ce n’est plus de l’herbe, que demandera le Peuple ? J’ai peur qu’il faille se battre encore plus pour les libertés individuelles. Je crois qu’on est parti dans un espèce d’engrenage qui ne laisse rien présager de bon. Il y a 10 ans, on pensait partir dans une direction d’ouverture, les trois quarts de l’Europe était à gauche, et maintenant il y a comme une espèce de contrecoup du 11 septembre. On maintient les gens dans la peur. C’est exactement ce que raconte Orwell ! On est toujours en guerre contre un ennemi invisible. On en est arrivé à une situation aberrante. Les lois qu’on nous proposent en France, sur l’ADN notamment, font peur. Il faut qu’on sorte de ce cycle. Mais je pense que ce n’est pas pour tout de suite. Le gros problème c’est les masses medias, c’est ce qu’on nous sert à la télé. Mais je pense que les prochaines générations apprendront de plus en plus à décoder les images. Propos recueillis par Laurence DANTHONY. (www.lepetitjournal.com - Madrid) vendredi 19 octobre 2007
En savoir plus : www.lepeupledelherbe.net/ http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Peuple_de_l'Herbe Ecouter leurs morceaux : www.myspace.com/lepeuple |