| Ecrit par Nicolas Mangin,
le 22-10-2007 01:00
|
|
La guerre des tarifs d’abonnement fait rage ! Elle oppose les grandes filiales qui se disputent le leadership sur le marché. Au milieu, les petites salles d’art et essai tentent de se faire une place au soleil. Le spectateur ne sort pas vraiment gagnant dans l’histoire Marin Karmitz, le Pdg de MK2, n'a pas hésité à attaquer Le Méliès, craignant que le petit cinéma municipal lui fasse de l'ombre (photo AFP)
En France, la place de cinéma est presque à 10 euros. Aujourd’hui, se faire une toile en famille, quand on ne dispose pas de réduction tarifaire, est devenu un luxe que seuls les ménages les plus aisés peuvent se permettre. Alors faut-il aller au cinéma tout seul pour ne pas se ruiner ? La solution serait en effet de prendre une carte illimitée, qui permet de se rendre au cinéma autant de fois qu’on le souhaite dans le mois. Mais il s’agit d’y aller régulièrement afin d’amortir le coût de l’abonnement. Cependant, la concurrence fait rage entre les multiplexes qui dominent le marché, et les plus petits cinémas d’art et essai, qui eux tentent d’obtenir plus de salles. Cette conjoncture pourrait-elle finir par amorcer une baisse des tarifs, et ainsi profiter aux spectateurs ? Pas vraiment… Tout a commencé en septembre dernier lorsque UGC et MK2 se sont entendus sur une carte d’abonnement commune. Le pass "UGC illimité et les cinémas MK2" donne accès à 236 salles à Paris, 528 en France, et 216 en Europe, notamment à Madrid, Rome, Bruxelles… Pour 19,80 euros par mois, il est possible de voir autant de films que l’on souhaite. Cette entente a permis à UGC et MK2 de reprendre la tête sur les salles parisiennes avec une part de marché de plus de 50 %, en plus de détenir 2/3 du marché des cartes illimitées. Un monopole qui n’est pas au goût d’Europalaces - Pathé et Gaumont -, leader en France avec plus de 600 salles.
David contre Goliath Le groupe Europalaces serait donc tenté de baisser le tarif de son abonnement. C’est la seule baisse qui serait consentie à ce jour car elle a le mérite de ne pas handicaper le reste de la filière, le prix moyen de la place étant garanti pour les producteurs et les distributeurs de films. Mais les multiplexes privés refusent pour l’instant de toucher au tarif du ticket individuel - 6,09 euros en moyenne, contre 4,30 pour les salles art et essai. C’est sur ce prix que se fait le partage des recettes entre les exploitants et les ayants droit. Si les spectateurs souhaitent faire des économies, ils sont donc contraints de s’abonner, d’être étudiant, retraité, au chômage… ou d’espérer qu’un cinéma "art et essai" pratiquant des tarifs abordables, grâce à des subventions de l’Etat, projette le film qu’ils désirent voir. Mais ce n’est pas facile quand les "gros" obtiennent la majeure partie des copies. Les multiplexes, qui ont un devoir de rentabilité, ne voient pas d’un bon œil quand les cinémas d’art et essai s’agrandissent. UGC et MK2 ont attaqué le projet d'extension du cinéma municipal Le Méliès - 6 salles au lieu de 3 - à Montreuil en Seine-Saint-Denis. Ils estiment que la pratique de tarifs subventionnés constituerait "un abus de position dominante" et un "viol des règles de la concurrence". "Qui peut croire que l’UGC Ciné Cité de Rosny, troisième cinéma de France avec plus de deux millions d'entrées par an sur des films populaires en version française, et le cinéma art et essai Georges Méliès de Montreuil et ses 200.000 entrées par an sur des films à 90% classés art et essai, sont réellement concurrents ?", s'est interrogé Stéphane Goudet, le directeur du Méliès. Le spectateur, lui, compte les points… et ce qu'il lui reste dans le porte-monnaie en sortant d’une séance. Nicolas MANGIN. (www.lepetitjournal.com) lundi 22 octobre 2007
|