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ENTRETIEN – Remus Cernea : “Dans les écoles, la pression de la religion est très forte” Version imprimable Suggérer par mail
mercredi 17 octobre 2007
Remus Cernea (33 ans) est le président de l’association "Solidarité pour la liberté de conscience". Son combat : le respect des droits individuels qui, selon lui, sont régulièrement bafoués par l’Eglise orthodoxe de Roumanie. Il organise mercredi 24 octobre une grande manifestation place de l’Université

LPJ : Pourquoi était-il nécessaire de créer en Roumanie une association pour la liberté de conscience ?
Remus Cernea : L’idée est née en 1998, j’étais alors étudiant en philosophie à Bucarest. La Ligue des étudiants voulait construire une église au sein même de la faculté. Avec quelques amis nous avons protesté car notre université n’était pas orthodoxe mais publique. Elle devait donc rester neutre. Cette affaire fut un vrai scandale. On nous a beaucoup attaqué, la presse notamment. Mais certains intellectuels nous ont soutenu et l’église n’a pas pu se construire. Grâce à notre action, les icônes religieuses des facultés de Droit et de Lettres ont même été retirées. Cependant, dans tout le pays, des églises ont été édifiées à l’intérieur de nombreuses universités. C’est pourquoi nous avons fondé l’association en 2003. La Constitution roumaine stipule que l’Eglise est autonome vis-à-vis de l’Etat et nous défendons cette séparation. En réalité, elle n’existe pas.

Récemment le président Traian Basescu a déclaré que l’Eglise orthodoxe était "l’Eglise nationale de l’Etat"…
Remus Cernea : Cette déclaration est inqualifiable, c’est du populisme. Il devrait être le garant de la Constitution, il n’avait pas besoin de dire une chose pareille.

Comment l’Eglise orthodoxe est-elle vraiment nocive ?
Remus Cernea : Nous n’attaquons pas l’Eglise en tant que telle, et on ne demande pas aux gens d’abandonner leur croyance. Nous sommes simplement une association qui défend la liberté de conscience, de pensée et de religion. Nous réagissons face à des abus, et actuellement c’est l’Eglise orthodoxe qui en est la responsable. Dans les écoles, la pression de la religion est très forte. Environ 95% des écoles et des lycées de Roumanie ont des icônes orthodoxes sur les murs. On demande depuis des années au ministère de l’Education de les retirer, mais on nous dit que rien ne peut être fait car ce n’est pas le ministère qui les a mises !

Et à part les icônes ?
Remus Cernea : La pratique de la religion à l’école ne devrait pas être obligatoire. Chaque jour, au début et à la fin des cours, les élèves doivent réciter une prière, surtout dans le primaire, et sans doute moins à Bucarest que partout ailleurs dans le pays. Bien évidemment, dans certaines zones de Transylvanie où il existe d’autres religions présentes depuis longtemps les choses sont différentes, il n’y a pas cette pression. Mais si vous lisez le manuel de religion approuvé par le ministère de l’Education, vous allez être très surpris. Il y est écrit par exemple qu’il faut faire le signe de la croix quand on passe devant une église sinon on sera puni par Dieu… Sans parler de l’élimination l’année dernière de la théorie de l’évolution des manuels de biologie.

Quel est le pouvoir réel de l’Eglise orthodoxe ?
Remus Cernea : Elle a d’abord un pouvoir politique. Début 2005, lors des festivités pour la nomination officielle de Traian Basescu à la présidence du pays, il s’est mis à genoux devant le patriarche et lui a baisé la main. C’est un symbole très fort de subordination de l’Etat vis-à-vis de l’Eglise. Plus concrètement, l’Etat donne beaucoup d’argent à l’Eglise orthodoxe. Un exemple : pour la construction de la grande cathédrale Mantuirii Neamului qui devrait s’ériger juste à côté de la Maison du Peuple, l’Eglise a déjà perçu environ 10 millions d’euros de la part de l’Etat. Alors que le gouvernement lui accorde déjà des exonérations fiscales.

Vous allez pouvoir manifester mercredi prochain ?
Remus Cernea : La mairie a peur, elle ne veut pas qu’on se réunisse devant le Théâtre National. Mais bien évidemment on va y aller, même si l’on risque d’être poursuivi en justice. Nous attendons environ un millier de personnes.
Propos recueillis par Laurent Couderc. (www.lepetitjournal.com - Bucarest) mercredi 17
octobre 2007

Pour en savoir plus : www.humanism.ro

 
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