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FEUILLETON - La non-demande en mariage Suggérer par mail
mercredi 17 octobre 2007
Ramadan touche à sa fin, mais il reste juste assez de temps pour qu’Henry partage enfin un Iftar avec Samah.
Driing…Driing…
- Allo !  Henry, comment vas-tu ?
- Je vais bien, enfin…Tu me manques tu sais…

- À moi aussi, mais nous allons rattraper le temps, je passe te chercher vers 5h pour un Iftar dans le centre, ok ?
- Oh oui, c’est parfait, passe me prendre au bureau.
- À plus tard alors.
Il est 11h du matin, Henry a déjà bu quelques cafés, mais n’a pas encore déjeuné. Il faut dire qu’hier il était invité à la dernière minute chez Mervat, sa secrétaire, pour l’Iftar, et qu’il a mangé comme quatre. Comment résister à cette diversité de plats, la multitude de pâtisseries, et surtout à la convivialité ? Mervat est le type de femme qui colle au cliché oriental, elle est généreuse et se comporte telle une maman avec tout le monde autour d’elle, et Henry n’y échappe pas.
Mervat entre dans le bureau d’Henry, tout en frappant à la porte sans attendre la réponse, comme d’habitude…
- Henry, ne voulez-vous pas que je vous commande à déjeuner, vous ne jeûnez pas vous, profitez-en, et ne vous gênez pas pour les employés musulmans !
- Je ne me gêne pas Mervat, merci pour votre attention, mais…Comment dire…
- Dites !
- Mon amie Samah vient de m’inviter pour un Iftar ce soir, et je me dis que peut-être je pourrais essayer de ne pas manger jusque-là, histoire de vraiment partager ce moment-là avec elle. Qu’en pensez-vous ?
- C’est un peu biaisé par le fait que vous ayez déjà bu, mais bon, en ce qui concerne la nourriture c’est valable !
- Ok, vous trouvez cela absurde en réalité !?
- Mais non, Henry, ne vous vexez surtout pas, je en trouve pas cela absurde, au contraire, c’est une très bonne attention de votre part, et je suis certaine que votre amie sera touchée.
- Merci, vous me rassurez un peu.
- Dites-moi, votre amie, c’est la jeune femme que j’ai déjà vu passer vous chercher au bureau ?
- Oui, c’est Samah !
- Ah, elle est très belle cette femme, et très gentille, je l’aime beaucoup.
- Bien, Mervat, content qu’elle vous plaise.
- Est-elle mariée ?
- Non.
- Alors…Vous comptez l’épouser ?
- Arrrrhh…Il n’y a donc jamais de juste milieu pour vous ?
- En Egypte, Henry, c’est ainsi, soit vous avez des amies, soit une fiancée, ou une épouse.
- Asseyez-vous un instant Mervat.
Que dois-je faire selon vous ? Je ne peux pas épouser quelqu’un avec qui je ne vis même pas sous le même toit, sans savoir si cela marchera ? Et si je ne le fais pas, nous aurons une existence clandestine, c’est insupportable !
- C’est simple ! Si vous l’aimez, épousez-là, et Incha’Allah, vous aurez une belle vie.
- Humm…Je ne suis pas convaincu par votre argument divin, mais bon, merci pour vos conseils.
Les heures passent et rapprochent Henry de l’heure de l’Iftar.
Son estomac gargouille, mais il est décidé à ne pas céder à la faim. Il boucle ses derniers dossiers pour la journée, lorsque Mervat lui annonce que Samah l’attend à la réception.
Henry ne prend pas le temps de ranger son bureau cette fois, et sort immédiatement pour rejoindre Samah.
- Vite Henry, je suis mal garée…
- Je te suis…
Les rues ont changé de figure. Il y a peu de voitures sur la route, mais toutes roulent très vite. Sur les trottoirs, par endroits, de très longues tables accueillent des centaines de personnes qui ont déjà leur repas devant elles mais qui n’y toucheront pas avant que les muezzins commencent l’appel à la rupture du jeûne.
Des dattes dans un sachet en plastique atterrissent sur les genoux de Samah qui se gare au coin d’une rue du Downtown, et Henry aperçoit la terrasse improvisée d’un petit restaurant, il y reconnaît Iris accompagnée de son mari et leurs amis…
- Bonsoir tout le monde !
- Ahlan !
L’appel retentit, tout le monde se tait tout à coup et commence à manger avec des sourires perceptibles. C’est une ambiance hallucinante pour qui vient de France. Le repas ne dure pas longtemps, et tout le monde décide de se déplacer au café d’à côté pour la chicha et le thé.
- Alors Henry, comment s’est passé ta journée ?
- Et bien, j’ai fait une petite expérience inédite, je n’ai pas déjeuner afin de me réserver pour le moment de l’iftar.
- Ah oui, mais pourquoi t’es-tu empêché de manger ?
- À vrai dire, pour toi, Samah. Je voulais partager ce moment-là avec toi avec le plus de complicité possible.
- Je suis vraiment touchée par tes efforts Henry, merci.
Entre deux bouffées de Chicha à la pomme, Samah songe, et se dit que la vie lui montre deux voies possibles : céder à la pression sociale et épouser un inconnu qui ne l’aimera jamais pour elle-même, ou alors, poursuivre dans ses propres intuitions avec un homme étranger, qui prouve à quel point il est prêt à s’adapter à la situation, pour elle.
- Samah… J’ai pensé que nous pourrions partir en week-end au bord de la mer Rouge pour fêter l’Aïd, qu’en dis-tu ?
- Oh, j’en rêve Henry. Mais, sais-tu qu’en Egypte, si on n’est pas un couple marié, on ne peut pas réserver une chambre d’hôtel ensemble ? Si c’est bien sur ce que tu avais en tête !
- Bien oui, j’avais en tête que nous partagions la même chambre.
- Ne t’inquiète pas on se débrouillera, il a quelques endroits en Egypte où les gens ne font pas cas des conventions sociales, mais ce ne sera pas un  hôtel de luxe, je te préviens !
- Peu importe, ce qui compte, c’est d’être ensemble.

Driing…driing…
- Allo ? maman, que veux-tu ?
- Je te téléphone pour te dire, ma fille, que Nadia s’est plainte de l’attitude que tu as eu avec son fils lorsqu’il t’a téléphoné. Comment as-tu pu me faire cela, tu m’as humiliée auprès de mon amie !
- C’est moi qui suis humiliée maman ! Tout le monde veut me forcer la main, me jeter dans le bras d’un inconnu.
- C’est surtout ton bien que l’on veut !
- Alors je vais te dire, mon bien, en ce moment, il est avec un homme français qui m’apprécie pour moi-même et me comprend bien plus que mes compatriotes égyptiens !
- Quoi ? Que viens-tu de me dire ? Tu veux tuer ta mère, c’est cela ?
- Je t’en prie, pas de grands mots, nous ne sommes pas dans une série télévisée !
Je dois raccrocher maintenant, je suis avec des amis. Et ne compte pas sur moi pour les fêtes de l’Aïd, j’ai d’autres projets.
Clac…
La rédaction. (www.lepetitjournal.com - Le Caire) mercredi 17 octobre 2007
 
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