Une jeune fille de 14 ans, Victoria, certainement notre plus jeune abonnée, nous a écrit un petit mot émouvant suite à son retour en France, nous ne manquons pas cette occasion de lui donner la parole... Elle a même fait une photo montage pour donner plus de sens à son propos.
On a tous notre petit train train habituel, on se lève, on se prépare puis on déjeune et on part à l’école, on rigole avec les copines et puis on se fait gronder par le professeur parce qu’on est trop bavarde. On rentre et on fait nos devoirs, nos parents arrivent et comme d’habitude, nous nous asseyons autour de cette table et nous racontons nos journées, bonnes ou mauvaises. Puis le soir nous partons dans notre monde, le seul que personne ne connaitra jamais, le pays de nos rêves, nous partons, mais jamais avant de les avoir embrassés, eux, ceux avec qui nous partageons chaque jour, exactement les mêmes journées.
A 11 ans, on aime la vie, l’école et nos parents. A 11 ans on s’imagine que notre vie sera toujours comme on la vit à présent. Mais on grandit et notre vision des choses change. Elle change encore plus lorsqu’on apprend que cette vie, que l’on mène depuis 11 ans déjà, va s’arrêter et recommencer différemment. Les raisons de pourquoi on quitte tout on s’en fiche, mais on quitte tout, c’est un fait. On n’aura plus de repères, plus ses copines, plus ses professeurs, plus cette chambre qu’on avait décorée à notre goût, plus cette maison… des parents différents, excités, énervés, on sera seule, et on a peur.
J’entrais en 5eme, dans un nouveau pays, l’Egypte.
Je me suis vite fait des copines, même si, au début je ne rêvais que d’une seule chose, retourner là ou j’avais toujours vécu, avec des gens que je connaissais et qui ne me regardaient pas en bafouillant des choses incompréhensibles. Malgré les pleurs je suis restée et en fait j’ai vraiment adoré cet endroit, il faisait beau, c’était magnifique, les gens me souriaient, et j’ai vite commencé à apprécier de regarder les Egyptiens s’exténuer à essayer de me faire comprendre la moindre petite chose. Au fil de l’année tout est devenu moins drôle, je comprenais l’égyptien, j’avais des copines et j’avais enfin retrouvé cette routine qui me rassurait tant. Je suis vite tombé amoureuse de ce pays merveilleux qui me faisait pourtant tellement peur… J’aimais sortir, qu’on me regarde toujours en souriant, j’aimais dire bonjour à ces marchands de légumes qui me faisaient tellement rire lorsqu’ils essayaient de me parler en français, j’aimais arriver au L.F.C. déjà en sueur à 8h du matin, j’aimais cette vie, j’étais bien. Pour rien au monde je n’aurai un jour souhaité repartir.
Je suis pourtant repartie Me revoilà en France. Ce pays qui m’était si familier m’est maintenant insupportable. Je n’aime plus du tout ces bourreaux de travail avec lesquels j’avais vécu beaucoup plus de la moitié de ma vie, je ne supporte plus de voir tout ces êtres humains malheureux. Mais moi je connais la raison du mal être de ces gens vivant en France ; la pluie. Cette chose horrible qui te glace le dos lorsqu’elle te tombe dessus, la pluie est mon seul ennemi et le sera toujours, elle est constamment présente ici ; je ne peux plus la supporter. Cette pluie là rend le ciel gris et les gens froids. Mais je m’y suis habituée, et je redeviens au fil du temps, comme chaque Français vivant en France, ne sachant sourire que pour faire semblant d’être quelqu’un de bien, quelqu’un d’heureux, et je revis la routine que je m’étais toujours créée partout ou j’allais, mais cette routine là ne me rassure plus, parce que je sais que demain, il pleuvra. Victoria, 14 ans, abonnée au Petit Journal du Caire. (www.lepetitjournal.com - Le Caire) lundi 22 octobre 2007 |