(NDLR : Traduction simultanée sans sous-titre de la conversation téléphonique qui a lieu en arabe et en anglais) - Allo ? Qui êtes-vous ? Ahmed ? Quel Ahmed ? - Je suis, Ahmed Karim, le fils de Nadia, vous savez l’amie de votre mère ? - Ah oui… Que puis-je pour vous ? - J’aurai voulu vous voir avant qu’on nous présente officiellement l’un à l’autre la semaine prochaine…
- Qu’on nous présente qui ? De quoi parlez-vous ? - Eh bien, nos mères se sont mises d’accord pour nous marier… Mais j’aimerais vous rencontrer avant… - Je ne veux pas vous voir, je me marierai avec qui je veux et que votre mère et la mienne restent à leurs places, cria Samah en raccrochant brutalement. - Quelque chose ne va pas Samah, puis-je vous aider ? Un problème ? risqua Henry ne sachant plus où se mettre, tout le monde dans le restaurant admirant la colère de son invitée qui la rendait encore plus belle. - Non, rien Henry, tout va bien, juste un petit souci familial que je dois régler avec ma « Maaaaaaaman ».
Quelques petites semaines ont passé, Henry, Samah, Iris, tout le monde est à présent dans le même bain au Caire, celui de Ramadan.Ce n’est pas le premier pour Iris, et chaque année c’est une nouvelle découverte, une nouvelle pelure de l’oignon à éplucher lui dit souvent un de ses amis égyptiens. Les bons côtés sont les Iftars entre amis, surtout si on fait l’effort de ne pas manger non plus durant la journée, on arrive dans le même état qu’eux à la rupture du jeûne (ou presque, car Iris ne fait toutefois pas une croix sur le thé, et les cigarettes). Le repas commence, personne ne parle, mais tout le monde sourit, éprouve cette joie oubliée habituellement, que d’avoir cette précieuse nourriture devant soi.
Mais tout n’est pas si rose… - Driiing, Driing… - Allo ! - Ah, Iris, enfin tu réponds à ton téléphone… Je m’inquiétais moi, tu pourrais donner des nouvelles à ta meilleure amie tout de même ! - Oui, pardon Samah, j’avais besoin de solitude et de repos. - Du repos, je comprends, tu travailles beaucoup, mais de la solitude ? Les amis sont faits pour cela, pour se changer les idées après le travail, se raconter sa journée. Rester seule, enfermée, n’a pas de sens pour moi. - Bien si, justement, moi cela me fait du bien, de me couper un peu du monde, de me recentrer sur moi-même…
- Ah oui, j’oubliais, vous les occidentaux et votre goût pour l’introspection…Vous accordez trop de temps à penser à vos problèmes, alors qu’il vaudrait mieux sortir et en rire. - Message reçu Samah, mais on ne se re-fait pas, tu sais… - Alors, qu’est ce qu’il y a ma chérie, je t’écoute ? - Il y a que nous attaquons la période de l’année que je supporte le moins, la fin de Ramadan, avec toutes ces voitures qui roulent encore plus dangereusement qu’à l’habitude, les chauffeurs nerveux, les garçons qui tente de me toucher les fesses dans la rue, le soir… - Ah, il ne faut pas laisser passer cela ! Tu dois être ferme ! - Tu parles de mes fesses ou de mon attitude… ? - Pfffff... Très drôle… Je vais te donner un conseil : Si un garçon te touche dans la rue, tu hurles, et les gens vont s’occuper de son cas, je te le dis ! - Ben, justement, j’ai ma dose de hurlements en ce moment, avec mon mari qui jeûne à la maison et regarde les séries télévisées égyptiennes, chaque fois c’est idem, ils font des réunions de famille, et tout le monde crie, pour rire, se disputer... - Oui, c’est notre Vaudeville à nous…Mais revenons à nos moutons, tu ne dois pas laisser faire cela. - Hier, c’est arrivé, j’ai décidé de courir après le jeune garçon, mais je n’avais pas les chaussures adéquates, alors j’ai interpellé des hommes qui regardaient la scène, je leur ai demandé de l’attraper, je leur ai dit pourquoi, et ils m’ont dit : « Maalesh ! ». Alors maintenant je suis déprimée, si tout est « Maalesh », alors maalesh pour moi, tu piges ? - Je vois, en effet, il y a de l’abus de « Maalesh » parfois. Tu connais cette sentence à rétorquer :
« Mesh Haga esma Maalesh » ? (Il n’y a rien qui signifie Maalesh).
- Ok, mais cela devient du Maalesh, contre Maalesh…Enfin…J’en peux plus moi. Parle-moi donc un peu de toi ? Quoi de neuf ? - Et bien, je ne vois pas beaucoup Henry, il travaille toute la journée, pendant que moi je jeûne à la maison devant une série, ensuite je partage l’iftar en famille, et je vais travailler, pendant ce temps Henry termine sa journée au bureau et rentre chez lui. Bref, on ne peut s’attraper que par téléphone. - Et comment cela se passe avec ta mère ? Toujours en train d’essayer de te caser avec le fils de Nadia ? - Ben oui, tu penses bien qu’elle ne va pas décrocher comme cela, c’est soi-disant le gendre idéal ! - Compte-tu lui parler d’Henry ? - Et comment ? À moins que l’on se fiance, il n‘a aucune raison d’être aux yeux de ma famille, et cette option viendrait un peu tôt. - Oui bien sûr…J’y pense, Henry a t-il déjà été invité à un Iftar ? - Pas que je sache. - Bien, invitons le demain, je connais un endroit très sympa dans le Downtown. - Super, je l’appelle… - Ok, ciao. - À demain.
La rédaction. (www.lepetitjournal.com - Le Caire) vendredi 17 octobre 2007 |