| Ecrit par Corentine GASQUET,
le 10-10-2007 00:00
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Le grand producteur viticole Alain Brumont était chez Comptoir de France les 22 et 23 septembre pour une série de dégustations. Rencontre avec ce fier gascon, créateur passionné, ambassadeur des Madirans et des vins du Sud Ouest
Lepetitjournal.com : Vos vins sont-ils distribués en Italie ? Alain Brumont : Oui, mais cela représente une part minime de mon chiffre d'affaire. Tout comme la France et l'Espagne, l'Italie est une terre de grands vins, et le marché ne s'ouvre malheureusement pas beaucoup aux produits extérieurs.
Vos vins sont tanniques, tout comme le Barbera, le Barolo ou le Barbaresco. La couleur intense de votre vin rappelle le Nebiolo. Peut-on comparer vos vins à ceux du Piémont ? Oui, pourquoi pas. C'est vrai que le Sauvignon fait penser au Nebiolo. Mais mes vins ont plus de fruit, de rondeur, de gras. Ils sont plus volumineux, plus soyeux, plus équilibrés. Je me démarque clairement : notre cépage, le tannat, est atypique, et notre terroir est particulier d'un point de vue géologique.
Quelles méthodes utilisez-vous ? Comment gérez-vous la tension entre tradition et innovation ? Il n'y a pas de méthode, si ce n'est la triple règle de tout vigneron. Il faut un terroir, un cépage et du travail. Ensuite, comme tout artisan, il faut du savoir-faire. La tradition, c'est le terroir. Une fois à l'aise avec son métier, il faut être créatif, se donner une griffe, innover. Il s'agit de créer la surprise, de susciter l'éveil. "D'être une Formule 1 et pas une photocopieuse", comme on dit dans le milieu.
"La réussite dans le vin ne suit pas la logique marketing" | Quels plats conseillez-vous avec vos vins ? La cuisine traditionnelle s'y allie particulièrement bien, notamment le tournedos et le lièvre à la royale. Cette cuisine riche, mariée à un La Tyre constitue un excellent ensemble. Mes vins accompagnent également très bien la grande cuisine asiatique. Pour ce qui est de la cuisine italienne, la viande toscane est parfaite. Je suis d'ailleurs tombé "en amour" de cette région, et spécialement de Bolgheri.
Avez-vous un projet œnologique particulier ? Le tannat en vin de dessert est une de mes ambitions, quelque chose entre le vin et le porto, un nouveau concept, un vin doux à faible degré. Cela accompagnerait le chocolat, mais aussi les coulis de fruits noirs. Mon projet est également celui d'une agriculture propre.
Comment voyez-vous la réussite dans le vin ? Est-ce une réussite personnelle ou celle d'une appellation ? La réussite dans le vin ne suit pas la logique marketing, elle n'a pas pour base le rendement mais la reconnaissance de la qualité, la renommée. Je suis beaucoup plus gratifié par une rencontre avec une poignée de clients en Italie, où le marché est difficile à pénétrer, que par un week-end entouré par des centaines de personnes à Singapour, où j'arrive en terrain conquis. Cela m'a valu de nombreux surnoms, du Che à Louis XIV en passant par "la tornade". Cette réussite est avant tout personnelle, car c'est moi qui tire et qui protège l'appellation.
"Une culture du vin faible, chauvine et partisane" | Faut-il libéraliser les appellations ? J'y suis favorable. Il y en a plus de 3.000 dans le monde, elles sont au bout du rouleau. Il faudrait lier les appellations à des entités régionales. Le vin serait ainsi plus facile à exporter, car il représenterait une région, elle aussi digne d'intérêt. C'est comme cela que l'on peut allier globalisation et identité régionale.
Comment peut-on éduquer le consommateur à bien apprécier le vin ? Il faudrait cesser de croire que l'on sait tout sur le vin. Le consommateur mondial, particulièrement l'Italien, l'Espagnol et le Français, a une culture du vin faible, chauvine et partisane. Il faut que le consommateur voyage et découvre ce qui se fait ailleurs. La nouvelle piste pour cette éducation, c'est l'œnotourisme. Propos recueillis par Marie MALZAC. (www.lepetitjournal.com - Milan - Rome) mercredi 10 octobre 2007
Sites www.brumont.fr http://www.comptoirdefrance.it
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