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ENTRETIEN - Catalin Nicolae : "Une maison disparaît à Bucarest environ chaque semaine" Version imprimable Suggérer par mail
jeudi 04 octobre 2007
Loredana Stasisin, étudiante en architecture, et Catalin Nicolae, étudiant en doctorat à la faculté d’histoire de Bucarest, sont à l’origine du projet "Case care plang" (les maisons qui pleurent). Avec une poignée de jeunes motivés, ils répertorient depuis un an et demi les vieilles maisons de la capitale et sensibilisent les bucarestois à leur patrimoine

LPJ : En quoi consiste le projet "Case care plang" (Les maisons qui pleurent) ?
Loredana Stasisin : C’est un projet basé sur le volontariat, pour la sauvegarde du patrimoine architectural de Bucarest. Il est divisé en deux : la constitution d’une base de données et l’organisation de campagnes de sensibilisation. Cette deuxième partie comprend des événements culturels, artistiques et sociaux. Tout cela pour donner un signal fort et changer les mentalités roumaines envers le patrimoine. Il est clair que les gens ont besoin d’éducation à ce niveau-là, une éducation qui n’existe pas pour le moment.

Catalin Nicolae : La base de donnée est le squelette de "Case care plang". On prend des photos, on récolte des documents écrits ou oraux. Ce travail va rester et va servir pour toute la documentation du projet. Notre but est de créer les premières archives publiques de Bucarest, ce qui n’existe pas encore. Pour l’instant, toutes les informations sont dispersées dans diverses institutions. On espère pouvoir publier toutes ces recherches sur notre site. Il y a beaucoup de travail, mais on a des promesses de collaboration avec plusieurs institutions et on espère que cela va nous aider.

Qu’en est-il du patrimoine de Bucarest ?
Loredana Stasisin : On a découvert beaucoup de maisons très belles, même à la périphérie de la ville, ce qui fait que l’on ne peut pas identifier un centre historique, ou un centre du patrimoine. Il y a de belles maisons un peu partout à Bucarest, et ça, c’est extraordinaire. On pense que l’on ne possède plus de patrimoine ou que le patrimoine de la ville se trouverait seulement dans le centre, ce qui est faux. Il est important de dire aux bucarestois que cette ville possède un patrimoine riche. On se plaint de ne pas en avoir, mais il existe.

Ce patrimoine est-il en danger ?
Catalin Nicolae : Ce projet, c’est un appel à la diversité. On ne veut pas voir Bucarest transformée en une ville de bâtiments modernes. On veut voir de la diversité, avec des maisons et des jardins pour que les bucarestois aiment leur ville. Malheureusement, d’un point de vue humain, c’est une agglomération très nouvelle. Durant le régime communiste, beaucoup de personnes ont été transplantées ici. Aujourd’hui, seulement 1 bucarestois sur 19 peut affirmer que ses grands-parents sont nés à Bucarest. La majorité des gens n’aiment pas cette ville car ils ne connaissent pas son histoire et donc ne la valorisent pas. Nous, on veut essayer de les éduquer pour qu’ils l'aiment, pour qu’ils sachent combien ce patrimoine est important. D’après nos recherches, une maison disparaît environ toutes les semaines à Bucarest. Le danger est donc très, très grand.

Les pouvoirs publics s’impliquent-ils ?
Loredana Stasisin - La législation, en théorie, fait ses devoirs. En pratique, c’est très difficile pour l’administration locale de surveiller toutes les démolitions illégales. Il existe aussi des cas de démolition qui sont agréés par la mairie, mais il s’agit de corruption et là, on ne peut pas intervenir. En fait, l’administration fait et ne fait pas son travail. Dans le secteur 3 par exemple, des amendes ont été données car certains propriétaires n’ont pas pris soin de leur maison. Ils ont été jugés, c’est bien, mais c’est la seule chose qui a été faite par la mairie. Quelques centaines de Lei d’amendes, ce n’est rien par rapport à la valeur des terrains sur le marché. La mairie est responsable car elle ne s’implique pas suffisamment, mais c’est aussi la faute des lois qui ne sont pas assez strictes et aux propriétaires qui ne font pas assez attention à leur maison. Nous sommes dans un système qui ne fonctionne pas. Propos recueillis par Jonas MERCIER. Photo : J.M. (www.lepetitjournal.com - Bucarest) jeudi 4 octobre 2007 - Site web de l'association : www.casecareplang.ro
 
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