Au moins trois moines bouddhistes et un civil ont été tués, hier, dans des incidents distincts avec les militaires et policiers, selon un responsable birman ayant requis l'anonymat. Un bonze a été tué par un coup de feu alors qu'il tentait de désarmer un soldat et deux autres religieux ont été battus à mort, a affirmé cette source. Une centaine de manifestants, dont la moitié de bonzes, auraient été blessés, selon des témoins. Par ailleurs, selon les mêmes sources, quelque 200 personnes auraient été arrêtées dont au moins une centaine de moines.
Tirs de sommation, matraques et gaz lacrymogènes
Les premiers incidents ont été signalés vers 12H00 locales (05H30 GMT), lorsque les forces de sécurité ont chargé quelque 700 personnes, principalement des étudiants mais aussi des bonzes, qui commençaient à se rassembler non loin de la pagode Shwedagon, point de ralliement des moines qui ont pris la tête de défilés quotidiens contre la junte depuis le 18 septembre à Rangoun. Les manifestants ont été frappés indistinctement à coups de matraque.
Un peu plus tard, dans le quartier de la pagode Sule, des policiers et des soldats ont tiré en l'air et ont fait usage de gaz lacrymogène, alors que des milliers de civils ovationnaient un millier de moines qui arrivaient, selon des témoins.
Une heure plus tard, des dizaines de milliers de personnes, dont des bonzes, se regroupaient ailleurs dans le centre-ville, tandis que des tirs de sommation retentissaient dans d'autres quartiers, selon des témoins.
Une « faute irréparable » qui mobilise la communauté internationale
Les deux premières villes de Birmanie, Rangoun et Mandalay, ont été placées sous un régime d'accès restreint, un statut spécial ressemblant à l'état d'urgence.
Plus tard dans la nuit, deux personnalités soutenant le mouvement de protestation, Zaganar, le plus célèbre des comiques birmans, et Win Naing, un homme politique modéré ont été arrêtées à leur domicile, selon leurs proches. Ces deux personnalités avaient été vues ces derniers jours à Rangoun en train d'offrir de la nourriture et de l'eau aux moines qui défilaient.
Le parti de l'opposante Aung San Suu Kyi, assignée à résidence depuis 2003, a déclaré que le régime militaire avait commis "une faute irréparable" au regard de l'Histoire, en chargeant des manifestants pacifiques, dont des bonzes. Le Conseil de sécurité de l'ONU (voir notre encadré) a été convoqué d'urgence à 15H00 (19H00 GMT), tandis que plusieurs pays ont fait part de leur sérieuse préoccupation.
Confrontés à une montée en puissance des manifestations menées par des moines bouddhistes - 100.000 personnes sont descendues dans les rues respectivement lundi et mardi -, les généraux ont profité de la nuit de mardi à mercredi pour annoncer par haut-parleur un couvre-feu entre 21H00 à 05H00 locales (14H30 à 22H30 GMT).
Le mouvement de protestation avait débuté le 19 août par des opposants après une augmentation massive des prix. Agence France Presse (www.lepetitjournal.com Bangkok) jeudi 27 septembre 2007
Le Conseil de sécurité convoqué d'urgence
Le Conseil de sécurité de l'ONU a été convoqué d'urgence pour des consultations sur la Birmanie hier à 15H00 (19H00 GMT) sur demande des membres européens, selon le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner dont le pays assure ce mois-ci la présidence tournante du Conseil. "Cela peut aboutir à un texte de condamnation, de vigilance, d'appui à la mission des Nations unies" en Birmanie, a indiqué le ministre français à New York. L'ONU dispose en Birmanie d'une équipe de coordination de son Programme pour le développement (Pnud), classique dans tous les pays en développement. Elle dispose aussi d'un bureau de Bons offices, le secrétaire général, Ban Ki-moon, ayant nommé un émissaire spécial pour ce pays, Ibrahim Gambari.
Les simples déclarations du Conseil de sécurité, si elles n'ont pas le caractère contraignant des résolutions, nécessitent cependant l'unanimité des quinze membres pour être adoptées. Or la Chine et la Russie, proches alliées de la Birmanie, considèrent que les questions de droits de l'Homme, fréquemment soulevées concernant ce pays, n'ont rien à voir avec les menaces à la paix et à la sécurité, seul domaine dans lequel le Conseil de sécurité a compétence. Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré mercredi dans un communiqué que les événements en Birmanie ne présentaient "pas de danger pour la paix et la sécurité internationales et régionales" et étaient "une affaire interne". Pékin et Moscou, fait rarissime, avaient tous deux utilisé leur veto en janvier au Conseil de sécurité pour bloquer un projet de résolution d'inspiration américaine condamnant les violations des droits de l'homme en Birmanie.
M. Kouchner a appelé les voisins de la Birmanie, dont la Chine et l'Inde, à "ne plus tolérer" le régime birman et à faire "pression" sur lui pour qu'il mette un terme à la répression. "On peut renforcer les sanctions, pourquoi pas, mais surtout les pays de la région ne peuvent plus maintenant tolérer, comme ils le faisaient, un régime dictatorial de la sorte", a-t-il déclaré à la presse.