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PORTRAIT - Danièle Charron, un destin français à Berlin Version imprimable Suggérer par mail

Ecrit par Cécile Boutelet, le 26-09-2007 00:00

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Directrice du service pédagogique de l’école Judith-Kerr à Wilmersdorf, Danièle Charron a pris sa retraite début septembre. L’occasion de revenir sur l’itinéraire étonnant d’une femme de caractère, de l’ancien quartier Napoléon au Berlin réunifié devenu métropole européenne

Un destin au coeur de l'amitié franco-allemande (Photo D.C.)

Pour ses collègues comme pour les enfants de l’école, elle est, et restera, "Madame Charron". Dans cette école européenne qu’elle a contribué à créer il y a vingt ans, ce petit bout de femme est une véritable institution ! L’œil pétillant et le sourire aux lèvres, cette belle Parisienne de naissance et Berlinoise d’adoption raconte volontiers son parcours surprenant.

Dans la folie de 68
Originaire d’une famille bourgeoise, Danièle s’est mariée pour la première fois à 20 ans. Quelques mois après mai 68, alors qu’elle vient de terminer les Beaux-Arts, elle décide de divorcer. Chose impensable pour sa famille : la jeune femme change alors de vie et part à l’étranger. "Je suis venue à Berlin parce que j’y avais un correspondant allemand. Je suis partie le 1er janvier 1970 avec ma petite 2 chevaux. Je n’avais rien, hormis mes caisses de livres de poche et les étrennes de mon grand-père. C’est la personne que j’ai le plus regrettée au début !"

Quartier Napoléon
En un mois, Danièle trouve un travail et un logement. "C’était facile à l’époque. J’avais aussi un diplôme d’infirmière, et j’ai trouvé un poste à la caserne du quartier Napoléon". Ce quartier était le centre de la zone d’occupation française. Mais Danièle veut s’intégrer : "Il y avait très peu de communication avec la population allemande. Alors, j’ai trouvé un appartement au sud, à Lichterfeld, et j’allais travailler au nord. On m’a appris à démonter la batterie du moteur tous les soirs pour ne pas qu’elle gèle".
Très vite, Danièle s’intègre à un environnement allemand… très politisé. "Les étudiants berlinois  n’étaient pas obligés de faire le service militaire, car les Allemands ne pouvaient avoir d’armée à Berlin. Donc, ceux qui venaient ici étaient anti-militaristes et de gauche ! Moi, je n’étais que sympathisante". Sur tous les plans, Danièle ne perd pas son temps : elle participe à la création d’une maison pour femmes battues, devient éducatrice puis conseillère pédagogique et… épouse tour à tour trois étudiants, dont son correspondant ! "Je leur ai tous financé leurs études, et ils ont tous réussi !", s’esclaffe-t-elle. On lui propose ensuite de reprendre un service social pédagogique à Wilmersdorf. En 1988, elle créée alors ce qui est depuis devenu une école européenne : l’école Judith Kerr.

Témoin de l’Histoire
Peu de temps après, le mur tombe. Comme tous les Berlinois, Danièle en garde un souvenir
marquant : "Le dimanche, les Berlinois de l’Est sont venus se promener. C’est là que j’ai réalisé, en voyant tous ces gens venir en famille regarder les cafés encore trop chers pour eux. On a invité une famille de boulangers et ils nous ont reçus la semaine suivante… C’était l’euphorie !"
Et aujourd’hui, Danièle ? "Il y a encore un mur, fictif, mais il est toujours là. En tout cas, cette rencontre entre deux sociétés est très positive. Ce que j’appréciais avec mes collègues de l’Est, c’est leur solidarité". Elle ne regrette pas non plus l’évolution urbanistique de sa ville : "Berlin a changé, elle est devenue une capitale ouverte. On a retrouvé une partie de la ville qui n’a pas été détruite comme à l’Ouest".
En tout cas, Danièle est sûre d’une chose : même retraitée, elle reste ici ! "Berlin vaut mieux que Paris à de nombreux points de vue". Son projet est de se remettre à la peinture : "Au début, je voulais faire l’école du Louvre et être historienne de l’art". Il n’est jamais trop tard ! Rien ne peut plus surprendre, venant d’un tel personnage…
Pierrick YVON. (www.lepetitjournal.com - Berlin) mercredi 26 septembre 2007



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