|
KHMER ROUGE – Nuon Chea arrêté et transféré à Phnom Penh |
|
jeudi 20 septembre 2007 |
Nuon Chea, 82 ans, plus haut responsable encore en vie du régime du Kampuchéa Démocratique (1975-1979), a été arrêté hier matin dans l’ancien fief communiste de Païlin et a été transféré à Phnom Penh. Il est inculpé de crimes contre l'humanité et crimes de guerre et devrait rapidement comparaître devant les Chambres Extraordinaires en charge de juger les responsables du régime Khmer Rouge
Nuon Chea est escorté manu militari jusqu'à l'hélicoptère qui le ramènera à Phnom Penh (crédit : DR)
Son fils Nuon Say avait déclaré la veille qu’il ne laisserait pas son père se faire arrêter sans résister, et certains craignaient la réaction des anciens commandants et combattants Khmers Rouges encore nombreux dans la région de Païlin au nord-ouest du Royaume. C’est pourtant sans incident que les autorités ont pu se saisir de la personne de Nuon Chea, ancien numéro 2 du mouvement Khmer Rouge, et principale personnalité visée par le tribunal mixte mis en place sous la tutelle des Nations Unies. La centaine d’hommes des unités spéciales de la police venue de Phnom Penh, assistée par les forces locales de Gendarmerie et de Police, ont tôt dans la matinée d'hier encerclé la résidence de l’ancien chef de l’appareil sécuritaire communiste. Interpellé sans heurt, il avait lui même déclaré "se tenir prêt à répondre à la convocation des autorités". Devant plusieurs centaines de villageois stupéfaits, Nuon Chea a été rapidement transféré par hélicoptère dans la capitale où il attend désormais d’être entendu par les juges cambodgiens et étrangers qui composent les Chambres Extraordinaires. Le juge d'instruction You Bunleng a expliqué que l'octogénaire, dont l'état de santé est déclinant, a été présenté devant les juges en charge de l'enquête sur exécution d'un mandat d'arrêt. Les chefs d'accusation retenus contre lui ont été exposés dans la journée au cours d'une audience préliminaire. Nuon Chea devra donc répondre des charges de crimes contre l'humanité et crimes de guerre.
Nuon Chea, en 1975, à la tête de la Santebal, un des hommes les plus puissants du régime communiste (crédit : DR)
Nuon Chea, ancien bras droit de Pol Pot, chargé de la sécurité intérieure, et à ce titre artisan des dizaines de purges qui ont frappé le mouvement, s’était rallié en 1998 au Gouvernement Royal après plusieurs décennies dans les maquis du nord-ouest du pays. Au cours d'une conférence de presse confirmant son ralliement et celui de Khieu Samphan, autre responsable communiste encore en liberté, Nuon Chea s’était déclaré "désolé, non seulement pour la vie des gens, mais aussi celle des animaux. Ils sont tous morts parce que nous voulions gagner la guerre." Nuon Chea est notamment accusé d'avoir ordonné à "Douch", ou Kang Kek Ieu, l'ancien directeur du centre d'interrogatoire S-21, de tuer tous les prisonniers encore en vie dans ce centre situé dans le lycée Tuol-Seng de Phnom Penh, le 5 janvier 1979, soit deux jours avant la chute de Phnom Penh. Mais sept personnes ont survécu et devraient être des témoins-clés. Kang Kek Ieu a lui-même été inculpé en juillet par ce même tribunal. Cette première inculpation et l’arrestation de Nuon Chea démontrent le regain d’activité d’un tribunal spécial de plus en plus ouvertement critiqué par de hauts responsables politiques cambodgiens et des représentants de la société civile.
Jean Pierre SOVANNAVONG. (www.lepetitjournal.com - Cambodge) jeudi 20 septembre 2007 |