| Ecrit par Lisbonne,
le 14-09-2007 00:00
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Trente deux ans après la révolution du 25 avril 1974, nous avons rencontré l'homme qui, en une seule journée, a boulmeversé l'histoire du Portugal, mettant fin à un régime rétrograde de 48 ans
Otelo Saraiva de Carvalho, le grand organisateur de la révolution
En une seule feuille, sans aucun modèle, Otelo a planifié le soulèvement. Sans s'inspirer d'aucune autre révolution, sans plagiat, et sans effusion de sang : la Révolution des œillets. Souriant, aimable, toujours passionné quand il évoque cette page lumineuse de l'histoire, il a ouvert au Petit Journal le livre des principaux événements.
Le mouvement des capitaines est à l'origine de cette révolution. Quand et comment ont commencé à apparaître les premiers signes qui allaient mener au soulèvement ? C'était en Juillet 1973 lorsque le gouvernement a décidé d'approuver le Décret-Loi 353/73. Il donnait la possibilité à de simples miliciens, qui avaient fait une mission en outre-mer et deux stages en métropole, de devenir capitaines, alors que nous, nous avions fait quatre années de cours supérieur. Cela a engendré un grand mécontentement au sein de l'armée et a vraiment été l'embryon du mouvement des capitaines.
A l'époque, vous étiez en Guinée-Bissau. Est-ce que vous ne vous posiez pas des questions sur l'issue de ce conflit ? Evidemment. Cette guerre était déjà trop longue et nous savions que l'issue devrait passer par une solution politique. C'était inévitable.
La même solution que le Général Spinola défendait quelques mois plus tard dans son livre, Le Portugal et le Futur, par rapport aux anciennes colonnies ? C'est exact. Ce livre a été le détonateur car Marcelo Caetano, le Président du Conseil, était contre sa publication. Malgré son opposition, le livre est sorti et en une semaine il s'est vendu à 100 000 exemplaires. Suite à cela, Marcelo Caetano a décidé d'exonérer les généraux Costa Gomes et Spinola, les chefs suprêmes des armées. Cette décision n'a fait qu'augmenter le mécontentement des capitaines. A partir de là, une première tentative de renversement du régime, le 16 Mars, a été un échec et s'est soldée par l'emprisonnement de 200 militaires.
Après cet échec, quelle conclusion en avez-vous tiré, et quelle stratégie avez-vous décidé d'adopter ? Pour faire croire au gouvernement qu'au sein des forces armées tout était calme, nous nous sommes remis au silence. Mais, à partir de là, nous étions conscients de la nécessité de renverser le régime. J'ai décidé moi-même, avec l'accord de mes camarades, de prendre la tête du mouvement qui était devenu le Mouvement des Forces Armées, une structure pourvue déjà d'un programme politique pour l'après révolution. Je connaissais les faiblesses du régime et j'étais conscient de nos points forts. Le 23 Avril j'ai réunis les capitaines. Tout était rédigé sur une feuille de papier et je leur ai dit : "attention, il n''y aura de copies pour personne. Mémorisez bien tout ce que je vais vous dire, et si quelqu'un a des doutes, je suis là pour répondre". Les opérations ont donc commencé par la diffusion à la radio de la chanson E Depois do Adeus (Et Après l'Adieu) à 11H00 du soir, le 24 avril. C'était le code pour informer que tout se déroulait comme prévu et, à minuit, la chanson de José Afonso, Grandola Vila Morena, donnait le signal pour le début des opérations. A partir de là, la journée du 25 avril s'est déroulée tel que nous l'avions prévu, ce qui nous a permis de tourner une page sombre de notre histoire.
Et votre sentiment aujourd'hui ? Le sentiment du devoir accompli : avoir rendu la liberté au peuple portugais, liberté qu'on lui avait retirée pendant presque un demi-siècle.
Comme disait récemment Bernard Henri Lévy, il est peut-être grand temps que l'histoire lui rende l'hommage et la place qu'il mérite tant. Propos recueillis par Manuel GASPAR. (www.lepetitjournal.com - Lisbonne) vendredi 14 septembre 2007
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