| Ecrit par Marie Varnieu,
le 07-09-2007 00:00
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Bien placé dans le bruissement littéraire de la rentrée, À l’abri de rien d’Olivier Adam, résolument humaniste, se frotte aux malheurs du monde. Une mère de famille en perdition y vient en aide aux réfugiés qui hantent sa ville dans l’espoir d’un passage pour l’Angleterre. Abrupte et chargé Le nouveau roman d’Olivier Adam n’est pas exempt de brutalité. On y est en effet à l’abri de rien, des autres, du monde, de soi. Il peint un désordre sourd et gris, une humanité acculée, au bord du gouffre et de la mer. Marie, ex caissière à Auchan, est au chômage. Mère et mariée, elle vit la détresse silencieuse des banlieues ternes, la pauvreté ordinaire des gens modestes, englués dans un quotidien qui devient maladif. Dans la ville, il y a ceux que tout le monde appelle les Kosovars, c'est-à-dire tous ces étrangers miséreux qui vivent tapis et clandestins dans l’espoir de gagner l’Angleterre. Sangatte en somme, même si ce n’est écrit nulle part. Au risque de délaisser sa famille et de s’enfoncer un peu plus avant dans la difficulté de vivre, Marie s’engage un jour avec les bénévoles, qui, sous une tente, apportent de la nourriture, des vêtements et leur temps aux réfugiés.
Tant de noirceurs À l’abri de rien a le mérite de son sujet. Il ose s’attacher au monde contemporain et à la grande proximité du malheur. Ce sont bien les côtes françaises d’aujourd’hui, les flics français, une horreur française que le sort fait à ces migrants. Le tableau est rude et, quand il est réussi, crédible dans le détail. Olivier Adam pose son décor avec beaucoup de force et d’économie, avec un talent qui sait faire émerger le bouleversant du trivial, le réel de l’insignifiant. Un trajet, un objet, une tournure suffisent. Sur la longueur pourtant, À l’abri de rien, succombe à la tentation d’en dire trop et le bât blesse, la charge pèse. Fallait-il, pour raconter cette histoire difficile tant de tragédie ? Fallait-il, lorsque Marie vient en aide à un homme, qu’elle lui soigne les pieds ? Fallait-il que ses enfants se fassent insulter ? Fallait-il que le mari soit au bord du licenciement ? Fallait-il que tant d’événements se précipitent et que la psychiatrie s’en mêle ? Cette accumulation de noirceurs, même si elle existe bel et bien, finit par sembler factice. Evidemment, il y a une réelle beauté, une force, une conviction que l’on sent très ancrées dans le projet d’Olivier Adam. Manque peut-être, pour cette fois, la densité lapidaire qui frappait juste dans les nouvelles de Passer l’hiver. Jean Marc JACOB. (www.lepetitjournal.com) vendredi 7 septembre 2007 A l’abri de rien, Olivier Adam (Editions de l’Olivier) 218 pages, 18€ http://www.editionsdelolivier.fr/
Egalement en librairie : - La princesse et le pêcheur, Minh Tran Huy Le premier roman de Minh Tran Huy a un parfum d’adolescence. Il raconte une amitié amoureuse entre deux jeunes gens d’origine vietnamienne, elle, née en France, dans un milieu protégé, lui faisant partie des boat people. Leur relation est le point de départ d’une quête des origines joliment formulée, mêlée d’interrogations sur le poids de l’histoire des parents et de contes et légendes asiatiques où l’on apprend, par exemple, pourquoi la mer est salée. Une rencontre, un retour aux sources, une éducation, la littérature, une manière d’être et ses retenues, construisent une identité franco-vietnamienne que Minh Tran Huy explore avec une élégante simplicité, beaucoup de charme et de délicatesse. (JMJ - LPJ. 7-09-07) La princesse et le pêcheur, Minh Tran Huy (Actes Sud) 188 pages, 18€
- Coco Dias ou la Porte Dorée, Brina Svit Pour son troisième roman, le premier écrit en français, l’écrivain slovène Brina Svit livre un petit bijou finement écrit sur le tango et l’Argentine. Valérie Nolo, divorcée et passionnée par le tango s’engage à écrire sur Coco Dias, son mystérieux professeur de danse. Tous les jours, elle se rend à la Porte Dorée, pour apprendre les choses de la vie, les choses que véhiculent le tango. Car pour Valérie, on ne connaît les hommes qu’à travers leur façon de danser, de prendre une femme dans ses bras, de la faire tourner. Enivrant. (M.V. - LPJ. 7-09-07) Coco Dias ou la Porte Dorée, Brina Svit (Gallimard) 245 pages, 17,90€
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