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Blancs en été, noirs en hiver, on les croise tous les jours, presque sans les voir. Rencontre avec l’un de ses appelés qui viennent de loin et effectuent leur service dans les rues de la capitale. Reportage
Les agents de la circulation ont parfois du mal à se faire écouter des automobilistes (Mahitab Abdel Raouf-LPJ) Il est 11 heures rue Jazeerat El-Arab à Mohandessine. Abdel Kareem, agent de circulation routière est de service à un carrefour depuis 8 heures du matin.“Quelle beauté là !", lance t-il à une fille qui traverse la rue devant lui. "J’essaye de faire passer le temps. Il me reste encore cinq heures avant terminer ma rotation", soupire-t-il en tapant son pied droit puis gauche pour surmonter la fatigue.Sa tenue est en mauvaise état, ses bottes sont sales et complètement usées, sa ceinture tient mal son uniforme comme si elle n’était pas de sa taille, son képi sur la tête parait être la seule chose satisfaisante. Agé de 20 ans, célibataire, cadet d’une famille de six enfants, Abdel Kareem est né à Souhag en Haute-Egypte, il n’est jamais allé à l’école. Il est venu au Caire pour accomplir son service militaire de trois ans, le tarif habituel pour les sans diplômes. "Je n’ai effectué que neuf mois de mon service militaire", confie t-il en signalant aux voitures de passer sans même regarder si la voie est libre et au risque de se faire rouler dessus. Il ne s’occupe que pour quelques minutes de la gestion du trafic, son co-équipier étant allé chercher de l’eau. Perdu dans le quartier Il demande, avec hésitation, à une dame de dégager sa voiture en stationnement interdit. Celle-ci lui prête à peine attention, et lui répond en sortant de son véhicule en coup de vent: "Cinq minutes je vais retirer de l’argent au distributeur". A son retour, la dame exprime sa gratitude et lui glisse un petit billet. Une voiture immatriculée dans un pays du Golfe s’arrête pour se renseigner sur une adresse. Avec un sourire naïf il répond qu’il n’en sait absolument rien bien qu’elle ne soit qu’à quelques pas de lui. "Un camion le ramène de son camp à Nasr City et le dépose quotidiennement à ce carrefour. Il ne connaît pas le quartier", explique Hani officier de police, ajoutant avec sévérité "Bien qu’il s’agisse d’une mission très importante qui nécessite un certain niveau d’intelligence, ceux qui en sont chargés sont des analphabètes." Le jeune homme suit aveuglement les ordres de son supérieur dans la gestion du trafic. "Si l’agent est débutant, il n’est jamais laissé seul", assure Achraf sous-officier. Abdel Kareem n’a pas de grands rêves et ne pense qu’au jour ou il pourra retourner à son village définitivement pour cultiver la terre."Mais je suis quand même heureux de toucher 100 LE par mois, de prendre une semaine de congé chaque mois et d’avoir des repas gratuits", reconnaît-il avant de se mettre à l’ombre pour prendre un peu d’air et essuyer sa sueur. Mahitab Abdel Raouf. (www.lepetitjournal.com, Le Caire) vendredi 31 août 2007 |