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Angkor - Protection du patrimoine et développement social Version imprimable Suggérer par mail
mercredi 08 août 2007

En 1992, au sortir de la guerre, le site d’Angkor était inscrit sur la Liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO, en réponse à un appel pressant lancé quelques temps auparavant par celui qui était alors encore le Prince Norodom Sihanouk. La grande campagne de sauvegarde d’Angkor pouvait commencer. Retour sur 16 ans de combat pour la préservation d'un patrimoine unique.

Préserver un patrimoine, et faire profiter la population des retombées économiques... un pari difficile (crédit: DR)

Cette sauvegarde fut d’abord mise en œuvre par l’adoption de mesures légales classiques telles que la délimitation des « zones protégées » et la création de la fameuse Autorité Nationale APSARA, chargée de la gestion du site. Le premier décret royal signé en 1994 par Norodom Sihanouk, redevenu Roi, fut celui qui établissait les zones de protection du site, reflétant une nouvelle fois, si besoin en était, l’attachement profond du souverain au patrimoine culturel et historique de son Royaume. Au-delà de ce cadre national, c’est toutefois un véritable partenariat international qui se mit en place avec la création, en 1993, du Comité International de Coordination pour la Sauvegarde et le Développement du Site Historique d’Angkor (CIC). Depuis 14 ans, cet extraordinaire forum d’experts et de diplomates, coordonné par l’UNESCO et co-financé avec la France et le Japon, aide le Cambodge à veiller sur Angkor. Expérience unique en son genre, le CIC est aujourd’hui cité en modèle dans les autres sites du patrimoine mondial.

Mais le succès de la conservation du site et l’ouverture du pays, désormais en paix, ont entraîné l’apparition de nouveaux enjeux. Avec une croissance annuelle du tourisme de plus de 20%, des projets urbains à n’en plus finir, une population approchant les 100 000 habitants, la ville de Siem Reap subit aujourd’hui la pression d’un développement rapide, déséquilibré et difficilement contrôlable. Déjà, plusieurs sonnettes d’alarmes sont tirées : surconsommation d’eau, pollution, spéculation foncière, projets de développement douteux… Surtout, l’essor du tourisme ne semble pas profiter à la population : alors que ce secteur est, avec celui des exportations textiles, le principal moteur de la croissance économique cambodgienne, la province de Siem Reap reste étonnamment l’une des plus pauvres du Royaume. Où vont donc les fruits de cette croissance ? Certes, l’Autorité APSARA, les hôtels, les tours-opérateurs créent des emplois. Mais la masse paysanne ne bénéficie en rien du tourisme car, faute d’une organisation efficace de l’agriculture locale, les hôtels n’ont d’autre choix que de se fournir à l’étranger pour alimenter leurs centaines de milliers de clients annuels. La durée moyenne de séjour des touristes est en outre encore trop courte pour que leurs dépenses profitent pleinement à l’économie locale. D’autres détails font tâche. Ainsi en va-t-il, par exemple, de cette étrange décision du gouvernement cambodgien qui a offert la très lucrative ligne aérienne Siem Reap – Bangkok en monopole exclusif à compagnie thaïlandaise. Quant aux grands hôtels, ils appartiennent pour la plupart à une élite politico-financière restreinte. En un mot, beaucoup reste encore à faire pour que la « magie d’Angkor » bénéficie aussi à son peuple.

Concentration des richesses, délaissement des ruraux, transferts des bénéfices vers l’étranger : le schéma n’a rien de nouveau. Il n’en est pas moins choquant quant on connaît l’importance de l’investissement réalisé par le Cambodge et par la communauté internationale au cours des 15 dernières années. Alors que le pays s’apprête à inscrire un deuxième site sur la Liste du Patrimoine Mondial, celui de Preah Vihear, l’expérience d’Angkor mérite d’être méditée en profondeur.

Conrad Saint-Cyr (www.lepetitjournal.com Cambodge) mercredi 8 août 2007

 
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