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AUTEUR - D'Ormesson ou les interrogations d'un homme érudit Version imprimable

Ecrit par Sara Fredaigue, le 26-07-2007 00:00

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Hédoniste érudit aux yeux malicieux, Jean d’Ormesson vient aujourd’hui à Rome pour présenter "La création du monde", son ouvrage sorti en octobre dernier en France. Disponible, affable, homme d’esprit, il livre ses grandes interrogations et revient sur les amours de sa vie

Le temps et Dieu sont omniprésents dans vos romans. Quel est votre rapport au temps ?
Le temps m’a beaucoup intéressé. Il est à l’origine de toute réflexion philosophique, de toute littérature. C’est un mystère extraordinaire. On entre dans le temps par la naissance, on en sort par la mort. Il a inspiré de très nombreux auteurs comme Heidegger ("L’Etre et le temps"), Hawking ("La brève histoire du temps"). Saint Augustin résume bien ce mystère par sa réflexion "Qu'est-ce que le temps? Si personne ne me le demande, je le sais. Si je veux l'expliquer à qui me le demande, je ne le sais plus"

La fin de votre ouvrage "La création du monde" renvoie le lecteur à ses propres convictions quant à l’existence de Dieu. Et vous, quelles sont-elles ?
Concernant Dieu, deux formules me viennent à l’esprit : une phrase d’André Gide "Ce qu'il y a de plus important, c'est Dieu qu'il existe ou n'existe pas" et une réflexion d'un des pères de l'Eglise "ma foi est la forme de mon espérance". Il est vrai que Dieu est très présent dans mon œuvre (notamment "Au plaisir de Dieu", "Dieu, sa vie, son œuvre", "Presque tout sur presque rien", "La Douane des mers"). Je pense néanmoins que je m’interroge plus sur l’univers. C’est probablement l’histoire de l’univers qui m’a poussé à écrire "La création du monde" C’est un livre sur le temps et Dieu. Il ne tranche pas sur l’existence de Dieu. Ce n’est pas un livre religieux. Je renvoie le lecteur à sa propre conviction. Je suis entouré de gens qui savent que Dieu existe comme Pascal, Claudel, Péguy mais également d’auteurs qui n’y croient pas tels que Marx, Nourricier, Sartre. Comme la plupart des gens, je ne sais pas. Ce qui me plait, c’est la part de mystère. La seule chose dont je sois sûr est que le monde est une énergie, il est métaphysique.
Pour moi, les deux interrogations sur le temps et Dieu, sont les seules qui vaillent. L’existence humaine se résume à 5 ou 6 douzaines de printemps. Le problème est celui de la chute hors du temps. L’homme y entre en un clin d’œil. Il est très peu présent dans le monde si on le compare à l’existence de l’univers. Le seul problème qui vaille la peine est celui de Pascal, de Saint augustin : Y a t il autre chose que le passage sur cette terre, autre chose que le temps ?

Si vous interrogiez vos proches, et que vous leur disiez "Et toi, que dis-tu que je suis ?", qu'aimeriez-vous qu'ils vous répondent?
Je ne sais pas quoi répondre. Pivot, à la fin de son émission Apostrophes avait coutume de demander aux auteurs qu'il recevait la question suivante : "Vous paraissez devant Dieu, que souhaitez vous qu'il vous dise?" Ma réponse était la suivante : "Je te pardonne".

Homme de lettres, la littérature semble être un de vos grands amours. Aussi, peut-on dire que vous aimez la littérature plus que tout ?
La littérature a en effet compté le plus pour moi. Je connais par exemple mieux la vie de Chateaubriand que ma propre vie. Je place deux auteurs au sommet : Chateaubriand et Aragon. Le style d’Aragon est pour moi enchanteur.

On vous connaît amoureux de Venise. Rome vous inspire-t-elle tout autant ?
Je suis en effet allé 4 à 5 fois par an à Venise ces 15 dernières années. Rome n’est néanmoins pas absente de mon cœur. Je m’y rendais tous les 2 mois avant. Je m’y suis beaucoup baladé à pied. Je pense même la connaître mieux que Paris. J’aime ce mélange de beauté naturelle et de souvenirs. C’est la seule ville qui a traversé les civilisations. Rome est la ville de l’antiquité, la ville des Papes, de Chateaubriand, de Stendal, de Maupassant. Beaucoup de grands auteurs y ont séjourné.

Le Petit journal est un quotidien qui promeut la francophonie. Vous semble-t-il important de soutenir la langue française à travers le monde ?
Toutes les langues sont belles. L’allemand est par exemple une langue magnifique. Je regrette de ne pas parler russe. J’adore l’italien. Le français est bien évidemment pour moi une langue importante. Elle est issue d’une grande histoire. J’espère bien que l’Europe, que j’appelle de mes vœux, saura lui réserver une place privilégiée. Je pense néanmoins que c’est d’abord aux Français de faire attention à l’utilisation de leur langue dans leur vie quotidienne.
Propos recueillis par Sara FREDAIGUE (
www.lepetitjournal.com - Rome) jeudi 26 juillet 2007

Aujourd'hui, à l'hôtel Ambasciatori (via Veneto, 62), à 20h, présentation du livre "la creazione del mondo" de Jean d'Ormesson, en présence de l'auteur et de l'éditeur. 


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