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TURQUIE - L’AKP d’Erdogan remporte les législatives Suggérer par mail
lundi 23 juillet 2007

Les musulmans modérés de l’AKP ont remporté les élections législatives turques, haut la main, avec 47,6% des voix. La Ministre grecque des Affaires Etrangères s’est dite satisfaite de ce résultat, tout en rappelant la difficile situation du Patriarcat œcuménique

Les musulmans modérés sortent donc victorieux de ces élections avec 47,6% des voix devant les pro-laïques du Parti républicain du peuple (CHP, 20,2 %) et les nationalistes du Parti de l'action nationaliste (MHP, 14,4%). Ainsi, pour une fois, les résultats des élections législatives turques étaient conformes aux sondages publiés dans la presse.  «C'est la première fois  depuis plus de cinquante ans, qu'un parti au pouvoir est reconduit avec un score encore supérieur à celui qu'il a obtenu aux élections précédentes» annonçait le Premier ministre turc dans son discours de victoire. Par ce vote, les turcs ont choisi l’Europe. En effet, Erdogan a recentré son parti, au cours de la campagne, attirant les pro-laïques du CHP les moins convaincus et surtout les pro-européens. Les nationalistes sont, quant à eux, assez eurosceptiques, ce qui leur a sans doute coûté cette défaite écrasante. Malgré son influence musulmane, l’AKP prône l’ouverture au monde et la modernisation de la société turque, notamment par une adhésion à l’Union Européenne.

Réactions de la Grèce
Se prononçant sur le résultat de ces élections, Mme Bakoyianni, ministre des Affaires étrangères grecque s’est déclarée satisfaite que celles-ci se soient déroulées « sans heurts et de manière démocratique ». D’après elle, « la Turquie a besoin d’un gouvernement stable, démocratique et doté d’une orientation européenne, ce  que peut lui offrir le parti de la Justice et du développement. » Elle a, par ailleurs, réaffirmé le soutien de la Grèce à la perspective d’adhésion européenne de la Turquie insistant, tout de même sur le fait que celle-ci passe par le respect « de l’acquis institutionnel, politique et économique de l’Union européenne ainsi que respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que des droits des minorités ». Sur le délicat sujet du Patriarcat œcuménique, elle invite « la Turquie à accepter le statut international et la succession ecclésiastique du Patriarcat en reconnaissant son statut légal ainsi que son droit à la formation des ecclésiastiques de toute nationalité» et espère que « ce chef spirituel des 300 millions de chrétiens orthodoxes  dans le monde entier, aura la liberté d’exercer ses devoirs religieux et d’accomplir sa mission, en vertu de l’article 9 de la Convention européenne sur les Droits de l’Homme et de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme ».

Une partition de la société
Cette élection est intéressante par son résultat même car il montre que la société turque se fragmente et se radicalise. En effet, le MHP, très nationaliste et proche des Loups Gris, revient à l’Assemblée après 5 ans d’absence, prenant une partie des voix du parti pro-laïque sociale-démocrate, le CHP. Un autre parti fait également son entrée à l’Assemblée turque : le Parti pour une société démocratique (DTP), vitrine politique du PKK, organisation terroriste séparatiste Kurde. Il compte dorénavant une vingtaine de députés à l’Assemblée.
A présent, un autre danger pourrait se profiler au détriment de la stabilité du pays : l’armée. L’élection présidentielle est en effet très tendue et un risque de coup d’Etat n’est pas à exclure. Erdogan a choisi un proche, Abdullah Gül, ministre des Affaires étrangères, pour se présenter à la présidence alors que cette candidature est contestée par tous les autres partis et notamment par l’armée. Celle-ci, par des menaces a peine voilées, a menacé la population de prendre les armes pour rétablir la laïcité établie par Mustafa Kemal. Abdullah Gül, assez radical dans sa vision de l’Islam, effraie les pro-laïques. Le challenge d’Erdogan est maintenant d’arriver à concilier Europe, laïcité et Islam afin de créer une vision musulmane de la laïcité, si chère à la Turquie.
Delphine Millet Prifti et Steven Dolbeau (www.lepetitjournal.com – Athènes) 24 juillet 2007

 
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