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En route vers Zamalek, je me dis que ma journée va être longue. Heureusement qu’Iris est là, son aide m’est précieuse. Dans le taxi, je commence à m’impatienter. Les embouteillages m’ont toujours oppressé, et la chaleur, et la pollution…J’ai soif. Finalement, râler me soulage et me détend - Iris, on va être sûrement en retard pour la visite de l’appartement non ? - T’inquiètes donc pas pour ça ! De toute manière ici, personne n ‘est jamais à l’heure. Sceptique, je me contente de regarder à travers les vitres du taxi. Ce grouillement de vie me plaît bien. Ca part, ça vient. Tout se croise et se mélange. Les piétons qui n’ont peur de rien, les quelques rares deux roues qui essaient de se frayer un chemin tant bien que mal… L’envie de fumer me prend. - Iris, tu aurais une cigarette à m’offrir par hasard ? - Non, je ne fume pas. Attends, je vais demander au chauffeur. Le chauffeur fait non de la tête. Il se retourne, me regarde et sourit. A voir mon désarroi, il éclate de rire. Il baisse sa vitre, interpelle un autre taxi qui lui lance une cigarette et des allumettes. Comme ça. Simplement. Il me la tend pendant qu’il continue à faire la causette avec l’autre chauffeur. Nous dépassons deux voitures accidentées. Voilà la raison de l’embouteillage. Mais rien de grave, c’est juste de la tôle. Une voiture qui ne s’est pas arrêtée à temps et qui n’a donc pas pu éviter la voiture de devant.
Finalement, Iris demande au chauffeur de nous arrêter.
- Nous sommes arrivés. Regarde cet immeuble Henri, il est au bord du Nil et a un accès à tous les petits commerces. C’est là que se trouve l’appartement que nous allons visiter. Nous entrons. Un bawab vient à notre rencontre pour savoir qui nous sommes. Iris lui explique que nous sommes là pour visiter un appartement au 13e étage appartenant à Mr Gamal. Le bawab nous ouvre la porte de l ‘ascenseur et décide de nous accompagner. Je suis en train d’admirer les grillages de l’ascenseur quand soudain il s’arrête. Coupure d’électricité. - Il manquait plus que ça ! Moi qui suis claustrophobe en plus ! - Ne t’inquiètes donc pas Henri, ça va s ‘arranger. Effectivement, après avoir tambouriné la porte durant 5 minutes, quelqu’un arrive à notre secours. Il s’agit de l’épicier, qui a un commerce juste à côté. Il nous a entendus, et se ramène avec la clé nécessaire afin d’ouvrir une des portes de l’ascenseur en cas de panne… Question d’habitude et d’entraide. Nous arrivons enfin avec 15 minutes de retard devant l’appartement. Iris sonne. Personne. Elle téléphone au propriétaire. Un répondeur lui informe que la ligne est momentanément hors de portée. - Décidément ! Ce n’est pas mon jour de chance aujourd’hui ! - Prends plutôt l’habitude de dire "Inch’Allah !" C’est comme ça ici, sois juste un peu patient. Le propriétaire est juste un peu en retard. C’est pas grave ! - Oui, je sais bien. C’est que je suis un peu fatigué, tu comprends... à courir partout, dans cette chaleur... nous n'avons même pas pris le temps de s’arrêter pour boire. - tu as raison Henri, je vais demander à Ahmed, le bawab, de nous apporter des bouteilles d’eau et du thé. Aussitôt dit, aussitôt fait. Pendant que nous patientons, je remarque que la porte en face de l’appartement s’est entrouverte. Une petite touffe de cheveux apparaît, puis deux, puis trois. Puis la porte s’ouvre complètement à la venue d’une vieille dame drôlement bien enrobée. Elle s’avance vers nous, accompagnée de trois petits bambins joufflus et pieds nus, accrochés à sa longue robe noire. La vieille dame et Iris commencent à parler. Je devine que la voisine s’informe à mon sujet. Ces petits regards jetés à la va-vite en disent long sur sa curiosité. Au bout d’une demi-heure de discussion animée sur le palier, deux hommes arrivent à l’étage par les escaliers. C’est le propriétaire avec son cousin. Nous pénétrons finalement à l’intérieur de l’appartement. Surprise. Nous nous retrouvons nez à nez avec un jeune homme qui a l’air de tout juste se réveiller. - Don't worry Mister. He is the son of my brother. I let him coming in the flat because he works near. He was leaving anyway… - Ok, ok. No problem. Je balaie du regard l’appartement et pousse un soupir de soulagement. - C’est lumineux et propre. Il m’inspire davantage que le précédent appartement. - Contente de savoir que votre première impression est positive, Henri. Continuons donc la visite. La vue me plaît. Juste en face du balcon, il y a un viel arbre qui semble être là depuis des décennies. C’est un flamboyant je crois, avec d’énormes fleurs rouges qui tranchent joliment de la morosité des murs des immeubles alentours. Derrière l’arbre, la route qui mène au pont du 26 juillet. Je m’en souviens car c’est sur ce pont que s’est passé l’accident de tout à l’heure. Au-delà de cette route, le Nil. Ah ! Qu’il est majestueux tout de même ce Nil. Il m’apaise. - C’est décidé. Je prends l’appartement. - Le prix du loyer est de 3.000 LE. Je vais discuter avec Gamal pour tenter de le convaincre de le descendre à 2.500 LE mais je ne vous promets rien. Après un quart d’heure de débat dans un esprit bon enfant, j’obtiens finalement un acquiescement de mon futur propriétaire. Ca y est ! J’ai trouvé mon appartement. Le rendez-vous pour le déménagement, la signature du contrat et les clés sont fixés au lendemain… Heureux et insouciant, je repars en compagnie d’Iris en direction de mon hôtel sans me douter un instant que mon nouvel appartement allait me réserver de belles surprises… Flavie SEGANTINI. (www.lepetitjournal.com - Le Caire) mercredi 25 juillet 2007 |