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DEMOCRATIE - L’armée tente le quitte ou double pour garder le pouvoir Suggérer par mail
lundi 23 juillet 2007

Comme beaucoup le craignaient au moment du coup d’état, les militaires vont être difficiles à déloger du pouvoir. Un projet de loi sur la sécurité intérieure poussé par la junte fait polémique depuis plusieurs jours. Le texte donnerait toute latitude au chef de l’armée pour prendre le pouvoir quand bon lui semble

Au lendemain du coup d’état du 19 septembre 2006, les militaires promettaient le retour rapide à la démocratie. 10 mois plus tard, les hommes en uniforme semblent décidés à s’accrocher au pouvoir (Photo LPJ Bangkok)

Le rêve de beaucoup d’hommes en uniforme : une loi donnant en permanence des pouvoirs considérables au chef de l’armée de terre et qu’il pourrait appliquer quand il juge "la sécurité nationale menacée", autrement dit quand bon lui semble. C’est, en substance, le cadeau que cherchent à s’offrir les militaires thaïlandais. Un projet de loi sur la sécurité intérieure a été approuvé le mois dernier par le gouvernement et doit être soumis à une Assemblée nationale entièrement nommée par la junte.

Un coup d’Etat silencieux
La loi vise à ressusciter le Commandement opérationnel pour la sécurité intérieure (Isoc), une vieille organisation tombée en désuétude qui avait été créée en 1952 pour lutter contre les rebelles communistes. Le texte accorde par ailleurs des pouvoirs encore plus importants au chef de l’armée de terre. "Cette loi sera appliquée à chaque fois que le chef de l’armée de terre décidera de diriger le pays, affirme Brad Adams, directeur de Human Rights Watch pour l’Asie. Ce sera comme un coup d’Etat silencieux !"
Selon le projet de loi, l’Isoc, dirigé par le chef de l’armée de terre, pourra, en cas de menace sur la sécurité nationale, bloquer les routes, opérer des perquisitions et des saisies, arrêter des suspects, interdire les rassemblements, les spectacles de divertissement, la publicité et forcer les personnes à rester confinées chez elles. "Ce sera la pire loi sur la sécurité de la région, estime Brad Adams. Ce sera un cancer au sein de la démocratie thaïlandaise". Deux articles du texte accordent une immunité juridique totale aux officiels qui agiront dans le cadre de cette loi. L’exercice de ces pouvoirs n’est soumis à aucun contrôle interne ou externe. Le Premier ministre ne peut pas bloquer les initiatives du chef de l’armée de terre, lequel n’a qu’une obligation : tenir informé le gouvernement civil. Seul aspect positif, les arrestations devront se faire avec un mandat délivré par le tribunal.

La société civile monte au créneau
Néanmoins, la société civile thaïlandaise a appris des leçons du passé : la résistance des ONG de protection des droits de l’Homme et des associations de journalistes est forte. Le barrage de critiques a été tel que les généraux, qui dirigent le pays depuis le coup d’Etat du 19 septembre dernier, ont dû amorcer une marche arrière. "Si le projet de loi n’est pas prêt pour être soumis à l’Assemblée législative nationale, concède le général Montri Sankasap, secrétaire général de l’Isoc, il pourrait être proposé plus tard par un gouvernement élu ».
Avec une fausse bonhomie, le chef de la junte Sonthi Boonyaratklin a comparé ce projet de loi au Homeland Security Act américain et aux lois sur la sécurité de Singapour et de la Malaisie. "Il faut que l’on adopte et adapte les bonnes choses venant des autres pays, a-t-il expliqué". L’Amiral Satirapan Keyanon, chef d’Etat major de la marine, s’est de son côté montré attristé du peu de confiance que les civils thaïlandais font aux militaires. "Quels torts les officiers militaires ont-ils, s’interrogeait-il à la mi-juillet ? Je ne les vois pas faire quoi que ce soit de mauvais". Preuve s’il en fallait que la démocratie a encore du chemin à parcourir en Thaïlande.
Arnaud DUBUS. (
www.lepetitjournal.com - Bangkok) lundi 23 juillet 2007

 
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