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ENTRETIEN - Bucarest, avant et après Ceausescu |
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jeudi 19 juillet 2007 |
424 photos de Bucarest avant et après la main destructrice de Ceausescu… La maison d’édition Compania vient de publier un superbe album pour mieux comprendre les traumatismes subis par la capitale roumaine. Lepetitjournal.com a rencontré les auteurs de cet ouvrage essentiel, l’architecte Cristian Popescu, l’historien Adrian Majuru ainsi que l’éditrice Adina Keneres
Comment vous est venue l’idée de ce livre ?
Cristian Popescu : J’ai dit à Adrian Majuru que j’avais des centaines de photos sur Bucarest qui datent des années 1980. Puis c’est Adina Keneres qui nous a proposé de faire un livre sur Bucarest en comparant les photos des mêmes endroits entre 1984 et 2006. A partir du moment où nous avions sélectionné les vieilles photos, mon travail a été de retourner sur les lieux de l'époque pour faire toutes les répliques. Il fallait que je prenne les photos à partir du même angle qu’il y a 20 ans.
Ce livre est-il une façon de s’engager contre une nouvelle transformation de Bucarest qui ne tiendrait pas compte des bâtiments historiques ?
Cristian Popescu : C’est bien le but de cet ouvrage.
Adina Keneres : Notre patrimoine doit en effet être sauvegardé. C’est aussi un appel à la jeune génération qui est très compétente. Il y a des architectes qui s’impliquent déjà beaucoup dans la conservation du patrimoine de la ville. Le problème vient des autorités qui devraient soutenir davantage les projets de rénovation et de conservation. Certains de ces projets, qui concernent notamment le centre historique de Bucarest, ont gagné plusieurs concours. Mais rien ne bouge.
Sous Ceausescu, l'un des épisodes les plus traumatisants pour les Bucarestois fut le déplacement des églises…
Cristian Popescu : L’idée de déplacer les églises vient de l’ingénieur Eugen Iordachescu. Il faut préciser que sans lui elles auraient très certainement été totalement détruites. Et ce fut une véritable prouesse technique. Il a fallu consolider les églises, les portes, les fenêtres, et faire de nouvelles fondations. Puis les églises ont été soulevées et mises sur des rails afin de les cacher derrière les blocs.
Mais la population ne s’est-elle jamais révoltée ?
Adina Keneres : Bien sûr, il y a eu des manifestations importantes, notamment au milieu des années 1980. En 1985, sur la calea Victoriei, il y avait une petite église très ancienne, datant de la fin du 17ème siècle, très appréciée par les intellectuels de l’époque. Des milliers de manifestants s’étaient réunis pour empêcher les bulldozers de la démolir, et l’armée avait même reculé devant la pression populaire. Mais à trois heures du matin, en pleine nuit, un camion de détenus est venu pour achever la basse besogne.
Pensez-vous que certains bâtiments qui datent de l’époque communiste font aussi partie de l’identité de la ville ?
Cristian Popescu : Non, je ne crois pas.
Adrian Majuru : Je pense toutefois que pour les plus jeunes, ceux qui sont encore à l’école, dans vingt ans certains édifices de cette époque communiste deviendront un repère culturel, comme la Maison du Peuple par exemple. Et puis il faut préciser qu'il y a aussi eu des lieux historiques qu’on a totalement oubliés, comme la Tour de Coltea, détruite à la fin du 19ème siècle.
Cristian Popescu : Dans beaucoup de cas, rien ne s’est construit suite aux démolitions de Ceausescu. Encore aujourd’hui, dans certaines zones de Bucarest, il n’y a plus que des terrains vagues là où s’érigeaient des bâtisses magnifiques.
Propos recueillis par Laurent Couderc. (www.lepetitjournal.com - Bucarest) jeudi 19 juillet 2007
“Bucuresti – Arhipelag, Demolarile anilor 80 : stergeri, urme, reveniri” de Cristian Popescu avec la collaboration de Adrian Majuru. Editeur : Compania (Adina Keneres) - www.compania.ro |