| Ecrit par BUDAPEST,
le 19-10-2007 01:00
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Les profanations de la tombe et du corps du leader communiste János Kádár en mai et la polémique récente sur un monument de l'Armée rouge sont autant de signes révélateurs d'un passé conflictuel en Hongrie. A l'opposé, le "Szoborpark", le parc où les statues communistes de Budapest ont été entreposées, présente un exemple original de gestion du passé, entre maturité, sagesse et dérision
Les poids lourds du communisme (photo LPJ M. Couvret) Lorsqu'est intervenu le changement de régime en 1989, la Hongrie a été confronté à un dilemme : comment gérer l'héritage de la période communiste qui venait de s'achever soudainement ? Que faire des traces qu'elle avait laissé, véritables "déchets de l'histoire" ? Les conserver ? Faire table rase du passé et les détruire, comme l'ont fait les autres pays ex-communistes ? Les Hongrois ont trouvé la solution au terme d'un intense débat : un parc de deux hectares pour stocker et exposer ces reliques ! Situé à bonne distance de Budapest, 14km au sud-ouest de la ville, il n'a d'équivalent qu'en Lituanie. Ainsi la Hongrie immortalisait symboliquement, en 1993, quarante années de son histoire. Entre un Disneyland socialiste et un parc éducatif Un temps gris est parfait pour découvrir (redécouvrir pour les malchanceux) le style héroïque du réalisme socialiste qui s'est imposé après la Seconde guerre mondiale en Hongrie comme dans les autres démocraties populaires d'Europe centrale. Les pères fondateurs du socialisme, Marx, Engels, Lénine, sont présents. Une statue en bronze de quatre mètres représente Lénine, un livre dans la main droite, l'autre le long du corps. C'est dans son ombre que paradaient les "forces prolétariennes" le 1er mai, sur l'avenue Felvonulas de Budapest. Marx et Engels, se dressaient alors devant le siège du parti communiste du côté Pest du pont Marguerite. Côté hongrois, le musée expose, parmi d'autres, un buste et une plaque commémorative de Béla Kun, le principal dirigeant de la "République des Conseils" qui, à la fin de la Première Guerre mondiale, mit en place le temps de quelques mois une "dictature du prolétariat", sur le modèle bolchevique. Participant de cette esthétique monumentale, propagandiste, célébrant la marche d'une nouvelle société vers son avenir radieux, citons aussi le soldat soviétique libérateur de Budapest en 1945 ou le poème gravé dans la pierre du poète et dramaturge hongrois Gyula Illyes. Des quarante-deux pièces exposées, toutes issues des rues de Budapest, certains peuvent regretter l'absence d'une pièce de choix : la statue de Staline, victime des " fascistes réactionnaires " qui se sont soulevés contre la tutelle russe lors de la révolution de 1956. "Quelle démesure, c'est impressionnant !" s'exclame Pierre, un touriste canadien de vingt-cinq ans. Lui qui accepte volontiers d'être considéré comme communiste dans son pays, semble modérer ses convictions devant ce spectacle. "Dans mon jardin, ça poserait sans doute des problèmes de voisinage...", admet-t-il avec ironie. Chaque année, le musée accueille 40 000 visiteurs, dont une moitié d'étrangers, ce qui le place dans les quinze musées les plus visités de la capitale hongroise. Corentin LEOTARD (www.lepetitjournal - Budapest) vendredi 19 octobre 2007
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