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INTERVIEW - Daara J et les racines africaines |
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jeudi 19 juillet 2007 |
Daara J est sans aucun doute le plus grand groupe de hip-hop du Sénégal, voire du continent africain. Après plus de 10 ans de carrière et un quatrième album en préparation, Faada Freddy, Ndongo D et Lord Aladji Man semblent avoir atteint une certaine maturité artistique digne des plus grands groupes de hip-hop du monde. Rencontre avec Ndongo D, juste avant son entrée en scène samedi 14 juillet, au Festival de Mataró
Lepetitjournal.com : Comment définissez vous le style de musique de Daara J ? Daara J : Le style de musique est hip-hop à la base, pour les rythmiques, la formation scénique et les messages. Mais il y a des influences reggae et roots également. Quand je dis roots, je veux parler de la musique qui vient d’Afrique. Pour nous, toutes les musiques comme le jazz, la soul music, le reggae, le rock-steady sont des musiques qui prennent leurs racines en Afrique. On a voulu faire le mélange entre le hip-hop moderne et ces musiques.
LPJ : Quelques mots sur la naissance et l’évolution du groupe ? D.J : En 1994, des spectacles étaient organisés dans des petites discothèques de Dakar. Faada Freddy et moi, on fréquentait pas mal ces endroits où l’on pouvait s’exercer en freestyle. Et c’est là qu’on a rencontré Aladji Man. Le premier album est sorti en 1997 sur le label Déclics, label africain. Il est moitié reggae, moitié hip-hop. Le deuxième album, sorti en 1998, avait le même style mais était plus traditionnel. On avait beaucoup mélangé la voix de Joseph N’Diaye, le conservateur de la maison des esclaves de Gorée, avec des voix d’artistes maliens. Ça a fait un album très local. Sur le dernier, Boomerang sorti en 2003, il y a pas mal de featuring : Disiz la Peste, Rokia Traoré, Sergent Garcia. Cet album nous a ouvert beaucoup de portes au niveau international. On n’a pas vendu des disques comme Jay-Z ou comme Akon mais on a fait beaucoup de chemin. Une symbiose s’est créée entre nous et c’est ce qui fait notre force.
LPJ : Vos textes sont assez engagés socialement, quel regard portez-vous sur la politique du Président Wade ? D.J : De 1960 à 2000, nous avons eu le même régime politique. En 2000, il y a eu l’alternance avec l’élection de Wade. Mais ses années passées au pouvoir ont suscité beaucoup de déceptions. Il ne sait pas, à l’image de beaucoup de dirigeants en Afrique, gouverner un pays. Avant la colonisation, le Sénégal et la Guinée étaient des empires et avaient leurs manières de diriger leurs peuples. Depuis, une autre manière s’est imposée mais n’a pas été assimilée. La manière de diriger en Afrique doit changer, en profondeur. LPJ : Quel regard portez-vous sur la population sénégalaise ? D. J : Le regard qu’on porte sur le peuple sénégalais… c’est une population qui veut évoluer, qui veut s’en sortir. C’est une population jeune qui a du potentiel.
LPJ : Un message particulier pour les Sénégalais qui vivent en Espagne ? D. J : Le message c’est que où que l’on soit il ne faut pas qu’on oublie d’où l’on vient, du Sénégal. L’émigration clandestine, thème on ne peut plus actuel, nous touche particulièrement. On devrait faciliter la tâche aux Africains qui viennent travailler en Europe. Le monde ne peut pas se faire sans les Africains, sans le métissage. Comme on dit en wolof, aujourd’hui c’est toi et demain c’est l’autre. Aujourd’hui tu peux avoir la puissance, demain ce sera l’autre. Propos recueillis par Julien MALASSIGNE. (www.lepetitjournal.com) jeudi 19 juillet 2007 |