| Ecrit par Cécile Boutelet,
le 05-07-2007 00:00
|
|
Après un an passé à Berlin, et la publication d’Aux Etats-Unis d’Afrique, l’auteur français d’origine djiboutienne Abdourahman Waberi repart en septembre semer aux Etats-Unis son esprit anti-conformiste. Portrait d'un écrivain voyageur, qui secoue le paysage littéraire français
 Abdourahman Waberi, "Je déjoue les postures que l’on attend de moi" (Photo. A. W.) L’ex-enseignant d’anglais dans un lycée de Caen vit depuis septembre 2006 à Friedenau, près de Berlin en tant qu’invité du programme d’échange académique DAAD. S’il s’apprête à s’envoler pour occuper un poste de conférencier à l’université de Boston, il regrette déjà les charmes de la vie berlinoise. Il travaille ici à son prochain livre, où il suit la vie et le destin tragique du philosophe juif allemand Walter Benjamin en fuite entre Berlin, le Paris occupé des années 40 et l’Espagne. Fidèle à son thème fétiche, l’exil, Waberi défend son statut d'auteur provocateur.
Etats-Unis d'Afrique "Je souhaite faire un roman alterné pour déjouer les postures que l’on attend de moi, entre quelqu’un qui appartient au Panthéon de la littérature européenne (ndlr : Walter Benjamin) et un immigré africain d’aujourd’hui. Elle est là, la provocation". L’auteur aime en effet surprendre : dans "Aux Etats-Unis d’Afrique" il inverse l’ordre du monde, une Afrique riche et moderne tentant de refouler les flux d’immigrants clandestins venus de la miséreuse et sous-développée Euramérica. Cette fois un parallèle entre deux hommes, deux mondes, deux époques différentes, mais un même destin tragique, celui de l’exil. Provocateur et critique, Abdourahman Waberi ne l’est pas seulement dans ses livres. Il s’indigne aussi contre le poids des traditions et le système hiérarchique qui pèse sur le monde littéraire français : "un jeune écrivain n’a aucune chance de faire partie d’un jury important. Pour participer au jury du Goncourt, il faut être gâteux."
Contre la discrimination Mais surtout, il se bat contre les étiquettes, contre la discrimination qu’il ressent fréquemment en tant qu’écrivain issu de l’immigration : "en tant qu’auteur originaire d’Afrique, je ne suis pas reconnu comme un écrivain français à part entière, on me place toujours dans la case 'francophone'". Il a ainsi participé au Manifeste des 44 pour une littérature-monde en français publié dans Le Monde du 16 mars 2007. Le manifeste s’élève contre la politique actuelle de la francophonie, qui, même si elle aide les jeunes écrivains, contribuerait aussi grandement à les catégoriser. Le manifeste a en effet provoqué un mini-séisme dans le monde fermé de la littérature et de l’édition. Flora GIARACCA (www.lepetitjournal.com - Berlin) jeudi 5 juillet 2007 Plus d’informations : www.waberi.free.fr/ A lire : Aux États-Unis d'Afrique, Jean-Claude Lattès, Paris, 2006
|