| Ecrit par Eddy Rabin,
le 20-06-2007 00:00
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Il y a vingt ans, pour sa « contribution décisive à la culture hispanophone mondiale », Carlos Fuentes recevait le prix Cervantès, la plus prestigieuse des récompenses littéraires en langue castillane. Cet anniversaire est l’occasion de porter avec cet écrivain majeur un regard sur le Mexique contemporain. Diane ou la Chasseresse solitaire, un des ouvrages incontournable !
Fils de diplomate né en 1928 et grand voyageur de l’Amérique Latine, Carlos Fuentes revient au Mexique en 1944 pour faire ses études de droit, et commencer ses multiples collaborations aux revues de l’époque (Hoy). Par ses voyages en Europe et sa fréquentation de l’intelligentsia mexicaine des années 50, il forge sa conscience politique et nationale qui épousera les lignes de son abondante œuvre littéraire. Il fonde avec Octavio Paz en 1955 la Revue Mexicaine de Littérature.
Si Carlos Fuentes est universellement reconnu pour son œuvre littéraire, deux épisodes de sa vie se révèlent symptomatiques de son engagement politique pour un Mexique différent. Nommé ambassadeur en France en 1972, il quitte son poste en 1978 lorsque l’ancien président Gustavo Dìaz Ordaz, (co-responsable du tristement célèbre massacre des étudiants en octobre 1968), devient son homologue en Espagne. Plus récemment, en 2004, son engagement fait parler de lui aux Etats-Unis, où il publie un essai intitulé "contre Bush", alors même qu’il a accepté un poste d’enseignant à l’Université de Brown, fleuron de la science politique américaine. Loin d’être provocateur, Fuentes fait simplement de la lutte contre la médiocrité politique un de ces thèmes de prédilection.
Une classe politique indigne de la richesse culturelle du pays C’est à la lumière de cette attitude qu’il faut comprendre les analyses sans concession - mais empreints d’un réel amour - qu’il fait de "son" Mexique. Au journaliste du Monde 2 qui lui demande si l’homme de gauche qu’il est soutient les protestations de Lopez Obrador après les élections controversées de 2006, il répond que "les institutions mexicaines ont mis 70 ans à se doter d’un appareil électoral transparent et légitime et qu’il est dommage que le PRD se risque à le faire éclater, lui qui en a largement profité lors de ses importantes victoires municipales, comme celle de la ville de Mexico". Fuentes se déclare ainsi contre l’opposition d’AMLO qu’il considère comme une "affaire de vanité personnelle", mais pour une opposition démocratique puissante qui mette le Président Caldéron face aux responsabilités qui lui incombent dans un pays de 50 millions de pauvres.
Métissage et identité Jamais là où on l’attend, Fuentes rebondit sur cette position pour décrire le métissage, essence même de la culture mexicaine, qui a suscité une telle richesse culturelle dans son pays. Invoquant les grandes figures nationales depuis Bartolomeo de las Casas jusqu’à Diego Rivera, il se lamente que la politique mexicaine ne soit pas encore à la hauteur des institutions démocratiques européennes, alors que les artistes mexicains ont gagné depuis bien longtemps leur place au panthéon des grands esprits de la planète. On comprend mieux la relation ambiguë de l’auteur avec son identité nationale, quand il déclare, vivant aux Etats-Unis, qu’il rêve que tous les travailleurs mexicains immigrés chez le géant voisin "reviennent un jour chez eux rendre au Mexique la richesse qui est la sienne". Discours facile de l’intellectuel expatrié, ou voix sage de la gauche mexicaine, Carlos Fuentes fait quoi qu’il en soit partie intégrante de la modernisation du Mexique, et tiendra à la soutenir dans son mouvement encore longtemps. David Robert. (lepetitjournal.com - Mexico) mercredi 20 Juin 2007
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