|
Comme les corridas ou le flamenco, la sieste appartient au patrimoine culturel de l’Espagne. Mais tandis que cette pratique est en perte de vitesse au pays de la tortilla, elle gagne en lettres de noblesse ailleurs. Rapports scientifiques ou patrons réclament aujourd’hui la sieste à cor et à cri : les Espagnols auraient raison depuis toujours !
Au Mexique aussi la sieste est un art de vivre (Photo LPJ)
A l’époque de Platon, l’oisiveté était élevée au rang de vertu, car elle permettait de s’adonner aux activités les plus nobles: la politique et la philosophie. Au XIXème siècle la révolution industrielle a érigé une nouvelle idole, le travail, sans lequel l’homme est incapable de se réaliser pleinement. Héritière infortunée de ce contexte, la sieste, comme l’oisiveté était devenue "mère de tous les vices". Aujourd’hui pourtant, force est de constater que "les arguments médicaux en faveur de la sieste sont de plus en plus nombreux", souligne le professeur Pierre Philip*. En juin 2006, une étude publiée par l’Université de Manchester avait fait grand bruit dans le pays qui a vu naître la révolution industrielle. Sa révélation : notre corps est biologiquement programmé pour la sieste après le repas. L’augmentation de glucose dans le sang agit comme une anesthésie sur les neurones responsables de nous maintenir en état de vigilance.
La sieste obligatoire ? Au Royaume-Uni, l’idée a fait son chemin. Le manuel de la sieste y est devenu un best seller, tandis que la chaîne hôtelière Travelodge a nommé un "directeur du sommeil". "Chargé de favoriser la productivité des employés à travers leur repos et non leur exploitation", Wayne Munnelly a fait installer des hamacs au siège social. A condition qu’elle soit courte (vingt minutes), la sieste est devenue "mère de toutes les vertus". En plus d’améliorer les facultés cognitives, la vigilance et donc l’efficacité au travail, elle réduit les risques cardio-vasculaires**. A l’inverse, bouder la sieste expose les travailleurs au stress, à l’obésité et au diabète***. Une nouvelle idée de la sieste que certains avaient déjà compris depuis longtemps : Napoléon, Kennedy, Churchill… et les Espagnols! Caroline RODRIGUEZ. (www.lepetitjournal.com- Madrid) jeudi 21 juin 2007 * directeur de la clinique du Sommeil au CHU de Bordeaux (Le Monde du 28.03.07) ** d’après une étude parue en février dans le magazine grec Archive of Internal Medecine *** a déclaré le professeur Patrick Lévy du CHU de Grenoble, président de l’Institut du sommeil et de la vigilance. (Le Monde du 28.03.07)
|