| Ecrit par BUENOS AIRES,
le 04-05-2007 00:00
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Stéphane Ducret, artiste plasticien contemporain, est né à Lausanne en 1970. Connu pour ses tableaux en vinyle évoquant le design contemporain, il a exposé ses œuvres en Suisse et aux États-Unis notamment. L'année dernière, il a décidé de s'installer à Buenos Aires, ville dont il apprécie particulièrement la chaleur, des habitants comme du climat, et d'aborder un nouveau style artistique. Rencontre. Stéphane Ducret à Buenos Aires (photo DR)
D'où venez-vous, depuis quand vivez-vous en Argentine? Je suis arrivé en novembre 2006. Je suis né à Lausanne, j'ai étudié les beaux-arts à Genève. La Suisse est un bon pays, mais peut-être un peu trop ordonné! J'ai senti le besoin de changer d'air pour découvrir autre chose. J'ai eu une première expérience à New York pendant deux ans, j'étais là en 2001, c'est une expérience gravée dans ma mémoire. Ensuite, je suis allé à Porto, au Portugal, pendant six mois. C'est une ville culturelle très intéressante, et les gens sont très sympas. Je suis rentré à Lausanne, où j'ai été chargé de l'année préparatoire à l'Ecal, l'école d'art de Lausanne, et pour diriger aussi une galerie d'art. J'ai travaillé comme un fou de 2002 à 2006 en Suisse, j'étais aussi prof et j'essayais de continuer mon travail artistique mais je n'avais plus le temps de me concentrer. J'ai fini par démissionner. Je m'intéressais depuis plusieurs années aux cultures hispaniques ; j'ai toujours eu au fond de moi-même l'envie de vivre dans un pays latin, et au chaud aussi! J'ai longtemps hésité entre l'Espagne et l'Italie. Mais depuis quelques années, j'ai découvert l'Argentine, par ses films, ses revues de design et tous mes amis qui en revenaient enchantés. C'est une ville très européenne aussi. A l'été 2006, j'ai voyagé au Pérou et, au Machu-Picchu, j'ai décidé de m'installer à Buenos Aires. Que faites-vous? Je crée mes œuvres ici. Je prépare une prochaine exposition qui présente des travaux inspirés d'œuvres majeures de l'histoire de l'art, comme les Ménines de Velázquez ou la Joconde. Par la photo, je modifie le tableau original en enlevant les détails. On reconnaît le tableau sans en voir les détails. Pour faire ça, j'ai décidé d'utiliser des carrés de couleur, pour pixelliser le tableau de telle sorte qu'il offre une composition qui a l'air d'être en mouvement, en perturbation optique. Il a l'air de scintiller. Globalement, c'est un projet humaniste, un regard sur notre relation avec les autres, très rapide, superficielle. La même relation que l'on a souvent avec une œuvre quand on va dans un musée, sans regarder les détails. Cette modification de l'œuvre a pour but de faire réagir le spectateur, qui doit se dire que pour voir vraiment une œuvre, il faut aller la voir et prendre le temps de la découvrir. En ce sens, c'est humaniste car c'est la même chose avec une personne qu'on ne peut pas connaître sans prendre du temps. A Buenos Aires, ce que vous aimez? Ce que j'aime ici, c'est cette facilité, cette légèreté, la partie oisive, le moment de la distraction. C'est une ville où il est possible de faire très facilement des rencontres extraordinaires. C'est une ville où tout a l'air simple dans les rapports humains, ce qui n'est pas forcément vrai. Je trouve beaucoup de gentillesse, d'ouverture, d'humanité, c'est ce que je recherchais. Ce que vous n'aimez pas? Le bruit de la rue, ça me gêne parfois. Qu'est-ce qui vous surprend? Ce qui m'a surpris c'est la gentillesse de tout le monde, partout, dans les taxis, les magasins. Et le plus beau, c'est que tout le monde souhaite "suerte". Ce qui me surprend aussi, c'est qu'à peine on a rencontré quelqu'un, même dans une boutique, on se fait la bise et on se parle comme si on étaient des amis. Entre hommes aussi, il n'y a pas cette espèce de discrimination qu'on a en Europe. C'est pour ça que je suis venu ici, pour trouver cette proximité avec les gens. Votre restau, adresse, préférée? J'aime beaucoup le bar Congo, il y a plein de jolies filles! Et aussi le Kim y Novak, c'est un bar underground de Palermo: il y a tous les styles, des gays, des hétéros, des travestis, on peut danser au sous-sol, c'est très relax. Vos sorties? Palermo Viejo, on peut y passer une journée entière et la nuit, à faire les boutiques de mode, à s'asseoir à une terrasse et regarder passer les gens, et finir à La Viruta à 3 heures du matin pour voir les danseurs de tango, c'est un endroit authentique. L'Argentine c'est.....? Vraiment, on pourrait dire le nouveau monde: le lieu, pour moi, où il est possible de changer de vie, de devenir la personne que l'on est réellement, de se retrouver avec soi-même. C'est la ville où je vais rencontrer des gens à la recherche d'autre chose. C'est la ville où on peut être tel que l'on est sans avoir besoin de se mettre un masque ou une carapace, de s'inventer une raison sociale, une ville où on peut vivre simplement. Tout l'opposé de Genève. Vous allez rester? Ah bien sûr! Je l'ai su dès le premier jour et même avant, quand je suis parti, j'ai dit que j'allais m'installer pour toujours. Propos recueillis par Laurence RIZET. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) vendredi 4 mai 2007 Les adresses de Stéphane Ducret - Congo Bar, Honduras 5329 - Kim y Novak, Güemes 4900 - La Viruta, Armenia 1366
Stéphane Ducret exposera The origin of the world à la Synopsism Gallery de Lausanne du 24 mai au 30 juin.
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