| Ecrit par Herve HEYRAUD,
le 28-06-2005 22:00
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Dans Carnet d’absences, Patrick Goujon s’attache à deux personnages dont il saisit un moment particulier sur trois époques. Avec Tu n’es pas seul(e) à être seul(e), Stéphanie Janicot dresse la chronique d’un voisinage. Deux auteurs de l'ultra moderne solitude
Un gars, une fille sous la plume acérée de Patrick Goujon. (Photo : C. Hélie - Gallimard)
Carnet d’absences est un roman à deux voix qui se frôlent parfois sans jamais vraiment se rencontrer. Benjamin, d’un côté, vit seul avec son père. Aube, de l’autre, transite entre la folie de sa mère et une famille recomposée. C’est aussi un roman en trois époques : au collège, puis au lycée, et au démarrage de la vie adulte. Toutes les quatre années, Benjamin et Aube disent où ils en sont et de quoi se nourrit leur quotidien. Les ellipses ne nuisent pas au récit, mais permettent au contraire de dessiner assez nettement les contours des personnages en construction. Sur 12 ans, les saisir sur le vif d’un moment est une idée à la fois singulière et pertinente, qui permet de mieux saisir d’où viennent les trentenaires d’aujourd’hui. Enfin, ce triptyque de solitudes se déroule sous une belle qualité d’écriture dont Patrick Goujon avait déjà fait la démonstration, il y a deux ans, avec Moi non. Vif kaléidoscope sociologique Même sujet, autre forme. Chez Stéphanie Janicot, la solitude est citadine, protéiforme et multi-générationnelle.
Stéphanie Janicot se délecte de scènes du quotidien. (Photo : Philippe Matsas / Opale)
La quinzaine de personnages, qui occupent chacun un chapitre, habitent le même quartier ce qui les amène nécessairement à se croiser, et à se toiser aussi. En alternant habilement leurs identités, elle écrit une sorte de vaste puzzle dont chaque morceau constitue une pièce unique de sociologie contemporaine. Tu n’es pas seul(e) à être seul(e) n’est à proprement parler ni un vrai roman -puisque chaque personnage n’a droit qu’à un seul monologue-, ni un recueil de nouvelles -puisqu’on les retrouve parfois dans le monologue des autres. Ce serait plutôt un enchaînement de scènes du quotidien qui, mises bout à bout, forment un ensemble plutôt cohérent de la vie d’un voisinage. Prise indépendamment, chacune de ces séquences offre une succulente chute. Un régal. Anne LAPIERRE. (LPJ) 29 juin 2005
Carnet d’absences, de Patrick Goujon, Gallimard, 242p, 17,5€ Tu n’es pas seul(e) à être seul(e), de Stéphanie Janicot, Albin Michel, 178p, 14€
Également en librairie — Vous revoir, Marc Lévy (Robert Laffont) : Cinq après le fabuleux succès de Et si c’était vrai, dont Steven Spielberg prépare le film pour la rentrée, Marc Lévy retourne à San Francisco voir ce que sont devenus Lauren et Arthur. Dans cet univers féerique, les personnages sont bons, gentils et bienveillants. De la comédie romantique pur jus. — Poissons nageant contre les pierres, Yu Miri (Actes Sud) : Hiraka, une jeune femme née au Japon, écrit pour le théâtre. À l’occasion d’une pièce, elle est invitée à se rendre en Corée, où elle fait la connaissance de Rifa, une étudiante singulière. Ce pays, dont elle ignore la langue, est pourtant celui de ses parents. Elle est une immigrée de la seconde génération. Poissons nageant contre les pierres a valu quelques déboires à Yu Miri et sa première version a été interdite au Japon pour atteinte à la vie privée. — Vie nouvelle, François Vergne (Gallimard) : Le second roman de François Vergne est une plongée précise dans l’univers d’une famille modeste. Le père est ouvrier, la cadette est encore collégienne. Le temps est en suspens depuis la mort de la mère. Pour la jeune fille, c’est un entre-deux d’où elle doit sortir pour se construire une vie nouvelle. En accumulant les détails concrets, les descriptions de lieux, François Vergne donne corps aux mots et transcrit de façon forte et méticuleuse la densité du réel. (LPJ – 29 juin 2005)
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