| Ecrit par BUDAPEST,
le 31-05-2007 01:00
|
|
Le dernier film de Béla Tarr était très attendu. Depuis 19 ans en effet avec Hanussen d'István Szabó, aucun film hongrois n'avait figuré dans la sélection officielle. Il n'a cependant pas retenu l'attention du jury pour le palmarès final mais cela n'enlève rien à l'extraordinaire qualité de l'œuvre
(Photo LPJ Colette Dehalle) Né le 21 juillet 1955 à Pécs, Bela Tarr qui a été ouvrier avant d'aborder le cinéma, tourne en 1977 son premier long métrage en quatre jours, Családi t?zfészek, Le Nid Familial. Il s'inscrit ensuite à l'Ecole Supérieure de Cinéma et de Théâtre de Budapest, d'où il sort diplômé en 1981. Puis ce seront ?szi almanach, Almanach d'automne, en 1984 et Kárhozat, Damnation, en 1987. En 1994, Sátántangó, Le Tango de Satan, lui a demandé sept ans de travail pour livrer en 415 minutes sa vision de la chute du communisme. Puis viendront Les Harmonies Werckmeister en 2000, premier film à être distribué en France, adapté d'un roman de László Krasznahorkai, Mélancolie de la Résistance. Ce romancier est d'ailleurs son scénariste attitré depuis 1987. De même qu'il reste fidèle au musicien Mihály Vig qui rythme d'une façon si particulière ses films. Il s'attaque ensuite à une adaptation de L'Homme de Londres, roman de Georges Simenon qui avait déjà tenté Henri Decoin en 1943 avec les grands acteurs que furent Fernand Ledoux, Jules Berry et Gaston Modot. Une réalisation mouvementée Le suicide du producteur Humbert Balsan en février 2005 après seulement neuf jours de travail remet tout en question. Une fois les complications juridiques résolues, le tournage a pu reprendre au printemps 2006 avec le producteur français Paul Saadoun. C'est d'ailleurs un exemple réussi de coproduction qui réunit notamment 13 Production français, T.T. Filmmuhely hongrois, von Vietinghoff Filmproduktion allemand et divers soutiens. La distribution comporte la Britannique Tilda Swinton, les Hongrois János Derzsi et István Lénárt ainsi que le Tchèque Miroslav Krobot qui incarne Maloin l'aiguilleur isolé dans sa tour de surveillance, témoin d'un meurtre qui va bouleverser sa vie et les relations qu'il a avec son entourage. C'est cette sorte de tempête sous un crâne que nous livre le cinéaste hongrois. Peu de paroles ou alors elles prennent un relief extraordinaire jusqu'à atteindre parfois une dimension tragique comme cette scène dans l'épicerie. Des gros plans fixes ou bien une absence d'image de quelques instants ponctuée de bruits obsédants ont pu parfois dérouter un spectateur habitué à être touché par des sujets quotidiens plutôt que par des recherches trop abstraites. Le public est semble-t-il, resté assez insensible à la beauté de ces images en noir et blanc, à ce rythme très lent qui s'étire sur 135 minutes. Quant à la critique, elle n'a guère épargné le film de Béla Tarr tout en reconnaissant souvent les innovations ou l'originalité du Hongrois. Colette DEHALLE (www.lepetitjournal.com - Budapest) jeudi 31 mai 2007
|