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LITTERATURE - A la découverte de Valerius Suggérer par mail
mardi 29 mai 2007

Discrète, réservée, disponible, à quelques jours de la présentation de son livre "Le Papyrus de la Via Appia", Anne-Laure Cartier de Luca a reçu lepetitjournal.com de Rome chez elle pour évoquer son désir de faire connaître Valerius, homme de pouvoir gaulois, qui a évolué dans le cercle fermé de trois empereurs, Tibère, Caligula et Claude. Entre érudition et passion, c’est une page de l’histoire antique que l’auteur nous invite à découvrir

Anne-Laure Cartier de Luca, Rome, Valerius, papyrus, Via Appia, le papyrus de la Via AppiaLepetitjournal.com : Comment est née l’envie d’écrire un roman historique ?
Anne-Laure Cartier de Luca : D’une rencontre avec Vincent Jolivet, l’archéologue qui dirigeait les fouilles de l’Ecole Française sur le Pincio. En me faisant visiter le site, il m’a parlé du personnage auquel les sondages archéologiques avaient permis d’attribuer les monuments construits au Ier siècle après J.-C. C’était Valerius Asiaticus, le héros de mon roman. Or, Valerius était d’origine gauloise. J’avais été frappé par le fait que cette colline ait pu appartenir à un Gaulois et qu’aujourd’hui encore, elle soit fortement liée à la présence française comme en témoigne l’existence du couvent de la Trinité des Monts et de l’Académie de France. L’enquête que j’ai menée sur ce personnage, l’injustice de sa condamnation par Claude m’ont donné ensuite l’envie d’écrire un roman. Je souhaitais donner vie à la matière historique.

Pourquoi choisir de relater l’histoire de Valerius à travers la complicité avec son esclave Tiron ?Anne-Laure Cartier de Luca, Rome, Valerius, papyrus, Via Appia, le papyrus de la Via Appia
Je ne voulais pas faire un essai mais un roman : c’est à dire placer le lecteur au cœur de l’action, lui faire vivre les événements. J’accorde une grande importance à la vérité historique. Pour écrire ce livre, je me suis imprégnée pendant un an de textes anciens. Tous se recoupaient pour dire que Valerius était séduisant, fier et généreux. Sénèque dit de lui "qu’il ne supportait pas de voir insulter, même un étranger, sans révolte". Dés la fin de mes recherches, la scène de rencontre entre Valerius et Tiron s’est imposée car elle illustre la générosité de Valerius. Tiron, unique personnage de fiction et narrateur de ce récit, m’a permis ensuite de rentrer dans l’intimité de Valerius puisque c’est son secrétaire particulier. Il devient nos yeux et nos oreilles. Il nous permet de nous plonger dans l’atmosphère et les ambiances de l’époque. Mon objectif était aussi de rompre avec les stéréotypes de la Rome impériale, dont on ne retient souvent que la violence et les excès. Le témoignage d’un affranchi de l’époque en donne une image plus juste et plus nuancée. En outre, les sentiments de Tiron pour Valerius m’ont permis de livrer un récit haletant, passionné, où la création prend enfin le pas sur l’érudition.

Comment expliquez-vous que Valerius affronte, avec un tel détachement, sa condamnation à mort ?
Valerius a bénéficié de l’enseignement de Sénèque et, à la fin de sa vie s’est conduit en stoïcien. Mais, je ne suis pas sûre qu’il n’ait pas eu peur de la mort. La sérénité dont il a fait preuve était aussi une manière de tenir tête à Claude pour la dernière fois. D’ailleurs, c’est ce qui lui a permis d’être connu à travers les siècles grâce au texte que Tacite a écrit sur son suicide. Le rire de Valerius face à la mort est un défi à l’iniquité, c’est le seul moyen de montrer qu’il n’est pas brisé par la décision injuste de Claude.

L’Egypte est présente dans votre roman. Pourquoi ?
On a beaucoup évoqué l’influence de la Grèce sur Rome, moins de celle de l’Egypte, qui est pourtant importante. Ce choix m’a donné l’occasion d’entraîner le lecteur dans un voyage en compagnie de Germanicus et de mon héros, depuis Alexandrie jusqu’au sud du pays. Par ailleurs, je tenais à ce que plusieurs cultures soient représentées. La complicité entre Tiron, l’Egyptien et Valerius, le Gaulois est en partie due au fait que ni l’un ni l’autre ne soit né à Rome. Le roman parle aussi du déracinement. J’y ai sans doute glissé un peu de ma propre histoire, puisque je vis à Rome depuis l’âge de 25 ans et que j’ai vécu en Egypte durant 5 années.
Propos recueillis par Sara Fredaigue (
www.lepetitjournal.com - Rome) mardi 29 mai 2007

 
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