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Les négociations autour des médicaments anti-rétroviraux se poursuivent. Le géant américain de l’industrie pharmaceutique Abbott a offert, la semaine dernière, à la Thaïlande, de vendre à prix réduit le dernier de ses produits, Aluvia, espérant dissuader le gouvernement thaïlandais de distribuer des médicaments génériques. Mais les autorités thaïlandaises semblent bien déterminées à obtenir le meilleur prix
Abbott a offert la semaine dernière de vendre la dernière version de son médicament anti-rétroviral, Aluvia, au même prix (1000 dollars par personne par an) que l’ancien, le Kaletra, rapportait le secrétaire général du bureau chargé des Aliments et Médicaments, Siriwat Thiptaradol. Le géant américain a néanmoins posé comme condition que la Thaïlande renonce à importer des versions génériques. Les autorités thaïlandaises ont fait savoir qu’elles examinaient la proposition. Selon Kannikar Kijtiwatchakul, de Médecins Sans Frontières, ce tarif reste encore trop cher pour les malades atteints du Sida en Thaïlande. "Nous estimons, a-t-elle confié à l’AFP, qu’Abbott devrait offrir un meilleur prix et sans conditions. Nous allons suggérer au Ministère de la Santé Publique qu’il refuse ces conditions." Dans un premier tour de négociations, en mars, la firme américaine avait déjà proposé le Kaletra 40% moins cher (100 dollars par personne par mois). Et les ONG et le gouvernement avaient demandé d’inclure dans l’offre la nouvelle version, l’Aluvia. La Thaïlande ne se laissera pas intimider La Thaïlande semble de toute façon bien décidée à tenir la dragée haute aux géants de l’industrie pharmaceutique occidentale sur cette affaire. D’autant qu’elle bénéficie d’un soutien croissant et que le Brésil s’est engagé sur la même voie au début du mois, annonçant son intention d’importer une version générique de l’Efavirenz. La Thaïlande a beau avoir été placée par les USA sur la liste noire des pays contrevenants en matière de propriété intellectuelle, le gouvernement a affirmé qu’il ne se laisserait pas intimider et irait jusqu’au bout de son action. "La Thaïlande compte 30.000 patients qui ont besoin de médicaments anti-rétroviraux, et ce plan [de mise à disposition de versions génériques] pourrait faire baisser de 5 à 6 fois les prix actuels", affirmait le Ministre thaïlandais de la Santé le Dr Mongkol il y a dix jours. Après les ONG, Médecins Sans Frontières en tête, plusieurs Etats ont salué et soutenu l’initiative, dont la France. Dans un communiqué du 26 mars, le ministre des Affaires Etrangères, Philippe Douste Blazy, déclarait son soutien aux autorités thaïlandaises. Il y a deux semaines, c’est l’ancien président des Etats-Unis, Bill Clinton, qui exprimait son soutien à la Thaïlande et au Brésil. Les représentants de 16 pays en développement, dont le ministre thaïlandais de la Santé, avaient d’ailleurs rejoint l’ancien Président américain pour signer le 9 mai un accord avec la Fondation Bill Clinton destiné à permettre un accès à moindre coût aux médicaments en passant des commandes groupées. Selon le [Thai] National Health Security Office (NHSC), le gouvernement thaïlandais pourrait économiser annuellement jusqu’à 1,7 milliards de bahts (36 millions d’euros) grâce aux versions génériques des médicaments Efavirenz (252 millions de bahts), Kaletra (183 millions de bahts) et Plavix (1,23 milliards de bahts). Le Sida et les maladies cardiovasculaires sont parmi les maladies les plus mortelles du pays. Lire aussi le communiqué du 26 mars du Ministre des Affaires Etrangères Philippe Douste Blazy (www.lepetitjournal.com - Bangkok avec AFP) mardi 22 mai 2007 Rappel du dossier en bref En Novembre puis en janvier dernier, le ministère thaïlandais de la Santé avait annoncé son intention de distribuer des versions génériques (fabriquées en Inde) des médicaments brevetés anti-VIH Kaletra (Laboratoires Abbott) et Efavirenz (Laboratoires Merck), ainsi que de l’anticoagulant Plavix (Laboratoires Sanofi-Aventis). Cette initiative, sévèrement critiquée par l’industrie pharmaceutique et certains milieux d’affaires, ne viole pourtant pas les accords de l’OMC qui autorisent les états à outrepasser temporairement les brevets en cas d’urgence sanitaire. "Les autorités thaïlandaises n’ont pris personne par surprise, elles ont toujours été ouvertes au dialogue et le restent", indiquait le mois dernier aux journalistes étrangers un officiel du ministère chargé des négociations avec les firmes. En réaction à l’initiative thaïlandaise, la firme américaine Abbott en mars avait d’abord répondu par l’offensive, annonçant qu’elle ne mettrait pas sur le marché thaïlandais ses nouveaux médicaments, dont l’Aluvia, un anti-rétroviral particulièrement utile ici car résistant à la chaleur. Mais devant l’obstination thaïlandaise soutenue par les ONG et plusieurs états, Abbott a semble-t-il préféré assouplir son approche. Lire aussi LPJ Bangkok en bref du 5 février LPJ Bangkok en bref du 26 mars |