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SOCIETE - Le blogueur bloqué Suggérer par mail
lundi 21 mai 2007

En Egypte, il ne fait pas bon être blogueur. Karim Amer a appris cette leçon à ses dépens puisqu’il a été condamné à 4 années de prison pour "diffusion d’information susceptibles de troubler l’ordre public et de ternir l’image du pays", "incitation à la haine de l’Islam" et "diffamation à l’égard du président de la République". Son procès a été très médiatisé et un certain nombre d’Egyptiens exigeait sa condamnation à la peine de mort. Ses partisans, eux, soutenaient que l’état avait instrumentalisé cette affaire pour créer un précédent contre les blogueurs et empêcher progressivement cette pratique

L’association United Group qui regroupe des avocats experts en droit international de différents pays a organisé dernièrement avec l’aide du programme USAID, une reconstitution du procès controversé de Karim Amer au Caire.
Les avocats des deux parties étaient présents.
Le ministère public a avancé le fait que Karim Amer avait outrepassé ses droits en diffamant le Président et surtout la religion musulmane.
La défense, elle, a tenu le raisonnement inverse en démontrant qu’aucune loi ne venait soutenir ce jugement et que ce procès était avant tout un procès politique dans un système de gouvernement dictatorial.

Outre l’aspect formel de l'événement, les réactions du public étaient intéressantes.
Dans le camp des détracteurs du blogueur on retrouvait des personnes qui pour se reconnaître, multiplient les formules de louange à Dieu. Très vite leurs explications tournent autour de la question suivante : Karim était-il athée ou bien musulman ? Il est fustigé pour ces propos sur l’Islam. En revanche c’est le silence total sur la condamnation pour atteinte à l’image du président. Cet oubli est très évocateur. Régulièrement, en Egypte intellectuels et artistes font les frais du flou juridique entourant la loi sur les propos diffamatoires.

La censure encore très forte
Dans le camp de Karim Amer, on retrouve des blogueurs désemparés et militants des droits de l’Homme qui dénoncent le caractère politique de l’affaire. En Egypte ne l’oublions pas la censure est encore très forte dans tous les domaines, (cinémas, journaux, livres…) et internet était jusqu’à présent le seul espace qui échappait à tout contrôle.
Un des moments fort du débat est très instructif. Le jeune avocat du ministère public a affirmé que les cas de torture en Egypte étaient isolés. L’assistance, a alors manifesté sa désapprobation et il a essuyé les huées et les sifflets de la foule.

Cette initiative de reconstitution est très intéressante car elle permet de faire sortir le débat sur les droits de l’Homme et la démocratie de la sphère purement privée.
Le sort de nombreux blogueurs demeure aujourd’hui incertain. Les changements constitutionnels qui donnent plus de latitude au pouvoir exécutif ont accru les risques auxquels ils s’exposent.
Stéphanie Salha, www.lepetitjournal.com , le 21 mai 2007.

 
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