| Ecrit par Cécile Boutelet,
le 09-07-2007 00:00
|
|
En plein Prenzlauer Berg, à deux pas de la Schönhauser Allee, l'église de Gethsemané offre un témoignage discret du mouvement d'opposition de l'automne 1989. Dieter Wendland, qui officiait à l'époque dans l'église, se souvient Au coin de la Stargader Straße et de la Greifenhagener Straße s'élève une église de briques rouges, entourée d'espaces verts. Le calme du lieu contraste avec l'histoire mouvementée de l'édifice, qui fut, l'espace de quelques mois, un des centres de la contestation du régime de la RDA.
Automne 1989 en Allemagne de l'Est : les voix se font de plus en plus fortes pour protester contre les abus du régime. Les églises jouent un rôle capital dans ce mouvement de contestation silencieuse : "Comme les réunions politiques étaient interdites, le seul moyen de parler des problèmes de société, de pacifisme et d'environnement, était de le faire dans le cadre des églises", se souvient Dieter Wendland, président du conseil presbytéral de l'église de Gethsémané, l'organe élu chargé de la gestion de la paroisse. Le bâtiment est connu des opposants comme des services secrets pour ses "Mahnwachen", des veilles pacifiques organisées jour et nuit, afin de réclamer la libération de prisonniers politiques. En octobre, à l'occasion des festivités du 40e anniversaire de la RDA, des manifestations sont annoncées à Alexanderplatz. Elles sont aussitôt réprimées par la police. Les opposants se replient vers Prenzlauer Berg, où se produisent de violentes altercations avec les forces de l'ordre. Les manifestants vont alors chercher refuge dans l'église de Gethsemané. Héros malgré eux "À ce moment, nous n'avions pas conscience de la portée de nos actes", se souvient Dieter Wendland. "La question était de savoir si nous ouvrions l'église aux opposants ou pas. Nous savions que cela aurait des conséquences pour nous et pour nos proches, que nous serions fichés, mis sur écoute, persécutés. Mais le conseil presbytéral a finalement voté à l'unanimité pour ouvrir les portes de l'église. Cela représentait plusieurs milliers de personnes qui l'ont occupée jour et nuit, de manière pacifique. À partir de ce moment, et jusqu'à la chute du mur, les évènements se sont enchaînés, selon une dynamique propre". 20 ans après, l'homme ne paraît toujours pas avoir entièrement réalisé l'importance de que ce qui s'est déroulé dans sa paroisse à l'automne1989. "Nous ne pensions même pas que le mur pourrait tomber. Nous voulions améliorer le régime, dénoncer les mensonges d'État, mais nous n'étions pas des héros". Et pourtant, l'église demeure un symbole de la lutte pacifique de l'automne 1989 de par son rôle de précurseur et la résistance de ses membres devant la pression policière (le quartier fut assiégé pendant plusieurs jours). Entre temps, Prenzlauer Berg est devenu le symbole du nouvel art de vivre berlinois, et les temps de l'ex-Allemagne de l'est paraissent lointains. Seule une sculpture de l'artiste expressioniste Ernst Barlach rappelle le courage de ces hommes et femmes de tous les jours. "Der Geisteskämpfer“, le combattant de l'esprit donné à la paroisse après la chute du mur par la ville de Berlin, représente un ange stylisé et semble personnifier la devise de ces résistants : "Wachet und betet", "veillez et priez". Raphaël COTTIN (www.lepetitjournal.com - Berlin) lundi 9 juillet 2007
|