Les éditions UNIVERSAL proposent dans leur collection Universal Classics deux superproductions (Cléopâtre et Les Croisades)
signées du maître en la matière: le cinéaste américain Cecil B. DeMille
(1881-1959) qui comme l'écrit Jacques Lourcelles s'est intéressé
exclusivement à ce qui passionne le plus grand nombre: "l'amour du couple, Dieu, les choses qui se bâtissent."
La grande conquête de l'Ouest, la terrible aventure des croisades, le
tragique amour de Cléopâtre, Jules César et Marc Antoine ou encore les
récits fascinants de la Bible furent autant de sources d'inspiration
pour quelques uns des plus extraordinaires films à grand spectacle
hollywoodiens que DeMille signa pendant plus de trente ans.
 Cléopâtre de Cecil B. DeMille (1934) avec Claudette Colbert, Henry Wilcoxon et Warren Williams. Des costumes étincelants, des figurants par centaines répandus en arabesques géométriques dans des décors somptueux, des mouvements de caméra amples et raffinés… L'Antiquité vue par DeMille est un savant mélange de gigantisme kitch, de religiosité, de morale amoureuse, de sensualité, d'humour, d'épopée glamour et de fantaisie historique. Quelques scènes d'anthologie dont celle où la belle et mutine Claudette Colbert (Cléopâtre) et le séduisant Henry Wilcoxon (Marc Antoine), installés dans une galère abritant leur amour, se retrouvent entourés d'esclaves lascives, vétues de peaux de panthère, qui s'animent sous le fouet d'un maître de cérémonie. Seul bonus la bande annonce de plus de 4 minutes conçue dans les années cinquante lors d'une ressortie et dans laquelle (seul véritable intérêt) DeMille, en personne, expose en quelques mots ce qu'il voulait faire.
Les Croisades de Cecil B. DeMille (1935) avec Loretta Young et Henry Wilcoxon. Même si DeMille choisit de nous plonger dans la Troisième Croisade (1189-1192) où trois souverains, Philippe Auguste, roi de France, Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre et Frédéric Barberousse, empereur d'Allemagne partirent conquérir Jérusalem, l'Histoire laisse la place à l'Aventure. En fait, le scénario propose un condensé de plusieurs croisades. La date de 1187 (date de la prise de Jérusalem par les Infidèles) sert simplement de point de repère dans une époque, le Moyen Age, où les Chrétiens de toutes conditions, pour les motifs les plus divers (de la foi la plus sincère à l'appât du gain le plus féroce) quittèrent leurs maisons par milliers pour reconquérir la Terre Sainte. DeMille laisse libre cours à son imagination. De batailles en secrets d'alcôves, de poses sulpiciennes en déchaînement de violence, il nourrit ce film extravagant de ses obsessions religieuses et morales et nous entraîne entre histoire et légende dans un pot-pourri lyrique et distrayant.
George Cukor, l'homme qui aimait les femmes
Les éditions WARNER sortent Femmes une des comédies les plus célèbres de George Cukor (1899-1983) avec Indiscrétions (1940) et My Fair Lady (1964). Ce réalisateur américain, avant tout portraitiste de la femme, devait, tout au long d'une carrière de cinquante ans, tenir dans le cadre de sa caméra les plus grandes stars d'Hollywood et d'ailleurs de Constance Bennett à Marilyn Monroe en passant par Colette Colbert, Jean Simmons, Ava Gardner, Judy Garland, Jane Fonda sans oublier Anna Magnani, Ingrid Bergman ou Sophia Loren...
Femmes de George Cukor (1939) avec Norma Shearer, Joan Crawford, Rosalind Russell, Paulette Goddard, Joan Fontaine,… Ce film sans aucun homme fut important dans la carrière de Cukor car il posait, en quelques traits fulgurants, les principes de base de sa réflexion sur l'âme féminine. Il apparaît aujourd'hui comme une élégante et caustique comédie mondaine, impitoyable description d'une société féminine à la fois généreuse et mesquine, frivole et amoureuse, intéressée et drôle, méchante et subtile. Cukor est un exceptionnel directeur d'actrices et, même si son ironie critique prend souvent les habits d'une misogynie éclatante, sa caméra, véritable scalpel, nous offre quelques scènes sulfureuses entre épouse trompée et maîtresse triomphante.
Gérard CAMY. (www.lepetitjournal.com - Monaco) mercredi 9 mai 2007 |