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La Cour suprême de justice a invalidé mardi dernier les lois d'amnistie qui rendaient impossible le jugement des crimes commis durant la dictature, entre 1976 et 1983. Quelque 3.000 militaires et policiers pourront désormais être convoqués pour répondre de leurs actes
Face à la Cour surpême de justice, les Mères de la Plaza de Mayo, portant les photos de leurs enfants disparus, célèbrent l'annulation des "lois de l'oubli". (Photo : AFP)
Les lois 23.492 et 23.521, respectivement baptisées de "Point final" ("Punto final") et de "Devoir d'obéissance" ("Obediencia debida") ont été invalidées mardi dernier, 14 juin, par la Cour suprême de justice argentine. La plus haute instance judiciaire du pays a déclaré l’inconstitutionnalité de ces deux lois qui étaient devenues « les lois de l’oubli » ou « les lois du pardon », en claire référence à une impossibilité de pouvoir juger les crimes contre l’humanité effectués par le terrorisme d’Etat qui sévit en Argentine lors de la dictature militaire de 1976 à 1983.
Ces lois avaient été promulguées pendant le mandat du président radical Raul Alfonsin. Carlos Menem, son successeur péroniste avait par la suite gracié nombre de militaires. La voie est maintenant ouverte à que quelque 3.000 militaires et policiers puissent être convoqués par la justice afin de répondre à des violations atroces des droits de l’homme tels que disparitions, tortures et vols de bébés. Les chiffres officiels accusent 12.000 disparus, certainement assassinés par la suite. Mais les organisations des droits de l’homme élèvent ce chiffre à 30.000 desaparecidos.
Des réactions de joie en chaîne à tous les niveaux
« Cette décision redonnera certainement aux argentins la foi en la Justice » s’est réjoui le président argentin Nestor Kirchner. C’est la joie aussi chez les associations des « Mères » et « Grand’mères »de disparus : « Il est impossible de transmettre l’émotion que nous ressentons. Après tant d’années nous pouvons enfin demander à nouveau que justice soit faite ! » Roberto Bendini, commandant en chef des Forces Armées considère que ce verdict est « le pas initial nécessaire au rapprochement de tous les argentins ».
La déclaration de la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères traduit parfaitement le sentiment de contentement et de soulagement avec lequel cette nouvelle a été accueillie par tous les secteurs du pays :
" La décision prise par l'Argentine de déclarer inconstitutionnelles les lois dites du pardon ferme la voie à toute forme d'impunité. La France s'en réjouit. Cette décision est source d'espoir pour l'ensemble des familles dont des proches ont disparu entre 1976 et 1983, parmi lesquels on dénombre plusieurs Français, et qui attendent que les coupables soient enfin jugés. Elle est essentielle pour que soit mené à son terme l'indispensable travail de mémoire sur cette période douloureuse.
Nous espérons que cette décision historique permettra l'aboutissement des procédures en cours, notamment le jugement de l'ancien capitaine Astiz, pour ce qui concerne la disparition et la mort des deux religieuses françaises Alice Domon et Léonie Duquet. Mais c'est l'ensemble des familles de victimes de la dictature qui ont aujourd'hui un motif supplémentaire d'espérer, après les mesures courageuses prises par le gouvernement argentin pour lutter contre l'oubli. " (Paris, 15 juin 2005).
Suzanne THIAIS. (LPJ) 17 juin 2005 |