|
La semaine dernière, le gouvernement annonçait un plan de sauvetage de 44 milliards de bahts destiné à relancer la consommation. Le projet consiste à promouvoir le recours à l’emprunt chez les bas revenus. Cette politique ressemble fort à celle impulsée par Thaksin Shinawatra et ne semble pas vraiment rassurer quant à une amélioration de la croissance économique thaïlandaise Le taux de croissance est régulièrement revue à la baisse depuis le début de l’année, diverses agences s’accordent dans leurs dernières estimations sur un taux de 3.8-4.8% pour 2007 (Photo Pierre Queffélec)
Le gouvernement thaïlandais a lancé mercredi dernier un plan de relance de la consommation, débloquant 1,2 milliards de dollars (44 milliards de bahts) pour permettre aux moins riches d’accéder à l’emprunt auprès de quatre banques publiques : la Government Savings Bank, Bank for Agriculture and Agricultural Cooperatives, Government Housing Bank et la SME Bank. "Le gouvernement va ainsi aider à renforcer l’économie individuelle, a indiqué le Ministre des finances Chalongphob Sussangkarn, ce qui va indirectement bénéficier à la croissance globale de tout le pays". Les bas et moyens revenus devraient pouvoir souscrire à des prêts pour l’habitat, le développement de l’entreprise, les projets communautaires et l’éducation, tandis que les PME pourront postuler pour des investissements destinés à d’améliorer leur fonctionnement. La Directrice générale du bureau de la politique fiscale au Ministère des Finances, Pannee Sathavarodom, a affirmé que ce plan était destiné à maintenir la croissance économique à 4.0 pour cent au moins cette année.
Les mesures populistes de Thaksin remises au goût du jour Ce plan de relance de la consommation rappelle l’un des programmes phares du Premier Ministre renversé par le coup d’état, Thaksin Shinawatra. Lorsqu’il était aux affaires, Thaksin avait lancé un vaste programme de 400 milliards de bahts destiné à financer des prêts "productifs" pour les villages. Un projet souvent décrit par l’opposition comme une mesure populiste profitant davantage aux riches qu’aux pauvres. Selon Somchai Jitsuchon, directeur de recherches macro-économiques au Thailand Development Research Institute, le coup d’arrêt au programme de Thaksin par le gouvernement issu du coup d’état a provoqué un choc dans les milieux ruraux qui ont de fait réduit leurs dépenses. "Ce que le gouvernement est en train d’essayer de faire, a-t-il expliqué à l’AFP, c’est d’injecter à nouveau de l’argent aux pauvres, mais dans une moindre mesure, afin d’amortir le ralentissement économique." Nombre d’analystes doutent que ce plan de relance soit suffisant pour revitaliser l’économie en général. "Ce plan financier de 44 milliards de bahts est minime comparé au PIB de la Thaïlande qui est de 7,8 trillions de bahts, et aux 300 milliards de bahts (de prêts) approuvés par les banques commerciales chaque année, estime Thanomsri Fongarunrung, économiste chez Phatra Securities. Ce plan est certes nécessaire car la consommation a besoin d’être stimulée, poursuit-elle, mais l’impact économique de la mesure reste incertain. " Le vrai problème reste l’incertitude politique Le Ministre des Finance admettait lui-même la semaine dernière que "le vrai problème de l’économie du royaume restait l’incertitude politique résultant du coup d’état" , avec notamment le projet de Constitution et la possible dissolution des deux principaux partis politiques pour fraude électorales en avril 2006. Si le Parti Démocrate et le Thai Rak Thai sont condamnés, ils seront dissous et leurs dirigeants interdits de politique pendant 5 ans, ce qui signifierait l’absence des personnages principaux de la vie politique aux prochaines élections promises en décembre par la junte. "Depuis le coup, dit-il, les gens attendent un signal clair leur indiquant ce à quoi ressemblera la situation politique après les élections. Mais ils ne sont toujours sûrs de rien, et l’incertitude politique est la pire menace pour l’économie, conclut l’ancien économiste de la Banque Mondiale. " (www.lepetitjournal.com Bangkok) 8 mai 2007 La Bourse thaïlandaise demande à accélérer la baisse des taux d’intérêts.- L’annonce du fameux plan de relance économique mercredi, n’a d’ailleurs pas empêché le Président de la Bourse Thaïlandaise, Vijit Supinit, d’appeler, dès le lendemain, la banque centrale à accélérer la baisse des taux d’intérêts afin de stimuler la consommation domestique et l’économie dans son ensemble. La banque de Thaïlande avait baissé ses taux d’intérêts d’un demi point le mois dernier pour arriver à 4.0 pour cent afin de stimuler l’économie. Mais Vijit estime qu’à 4.0%, les taux d’intérêts restent trop élevés, et qu’il faut donc effectuer une baisse plus agressive. La BOT doit en principe se réunir à la fin du mois pour une réunion de réévaluation de ses taux d’intérêts. Nombre d’analystes s’attendent à ce que la banque centrale consente à une baisse à 3.0 pour cent d’ici la clôture de l’exercice 2007 pour soutenir la croissance économique, qui est régulièrement revue à la baisse depuis le début de l’année. Diverses agences s’accordent dans leurs dernières estimations pour entrevoir une croissance entre 3.8-4.8% pour 2007, un récent rapport de Macquarie prévoyant même un taux de 3,5 %. Le Président de la Bourse Thaïlandaise a aussi attiré l’attention sur une baisse très probable des exports, clé de voûte de l’économie thaïlandaise, en raison d’un possible ralentissement de la demande globale. « Les exportations ont grimpé de près de 20% dans le premier quart de l’année en raison d’une croissance économique forte en Allemagne, en Chine et en Inde tandis que l’économie japonaise a également montré des signes de reprise, a-t-il affirmé. Cela dit, poursuit-il, cette croissance ne devrait pas se poursuivre car l’économie globale montre des signes de ralentissement. » Les exportation thaïlandaises ont augmenté de 19% par rapport au même mois l’an passé pour atteindre un record de 12,9 milliards de dollars malgré une appréciation du baht de 13% supérieure au taux de mars 2006, atteignant le niveau d’environ 35 bahts pour 1 dollar. Un baht fort diminue la compétitivité des exportations sur les marchés étrangers et diminue les profits rapatriés des entreprises locales. Et Supavud Saicheua, maître de recherches chez Phatra Securities, estime que l’appréciation du baht, qui reste à un taux inégalé depuis neuf ans, couplée à une potentielle récession économique américaine laisse prévoir la fin de la croissance des exportations thaïlandaises. |