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La première université argentine a été fondée au début du XVIIe siècle par les jésuites à Córdoba. La manzana jesuítica comme les estancias, qui permettaient de nourrir les étudiants et de faire du commerce, ont été classées patrimoine mondial par l'Unesco. Visite de cet ensemble colonial qui rappelle un passé prestigieux 
L'église de la manzana jesuítica (phot LR/LPJ)
Les étudiants de l'Université nationale de Córdoba sont les héritiers d'une des plus anciennes institutions d'Argentine et d'une tradition multiséculaire. Les vieux murs épais, la patine des boiseries, les cloîtres leur rappellent l'ancienneté du lieu. Et puis la plaque "Patrimoine mondial de l'Unesco" souligne son caractère unique et prestigieux. Ce n'est pas seulement l'université qui a été distinguée en 2000, mais toute la manzana jesuítica ainsi que les estancias, un ensemble colonial remarquablement bien conservé. La ville de Córdoba est fondée en 1573, avant Buenos Aires, dans le vice-royaume du Pérou. Le roi attribue alors un terrain aux ordres religieux qui souhaitent s'installer. L'ordre de la compagnie de Jésus a été fondé en Espagne trente-trois plus tôt par Ignace de Loyola, avec deux objectifs: l'évangélisation et l'éducation. Les jésuites acceptent de s'implanter à Córdoba, idéalement située entre Lima et la côte Atlantique, et d'en faire la capitale de la future province jésuite du Paraguay, où seront installées les Missions. En 1613, Fray Fernando de Trejo y Sanabria fonde le Colegio Máximo de Córdoba. Autorisée comme université en 1621 par le pape, c'est la première d'Argentine, la deuxième d'Amérique latine et la quatrième d'Amérique. Jésuites et hidalgos Les jésuites qui voulaient travailler dans les Missions étaient obligés d'étudier à l'Université. Celle-ci accueille des candidats missionnaires de toute l'Amérique mais aussi d'Europe. Très rapidement, l'ordre crée un noviciat pour les accueillir et les séparer des autres étudiants, les hidalgos. Au temps de la colonie, seuls pouvaient s'inscrire les hidalgos –"hijos de algo"–, ceux qui n'avaient pas de sang juif, ni maure, ni indien, ni noir. L'église est construite un peu plus tard, à partir de 1640. La façade étonnamment austère serait en fait inachevée. Les historiens supposent que les trous autour des portes avaient été prévus pour ajouter une sculpture baroque. L'architecte, le père belge Philippe Lemaire, ancien constructeur de navires, a fait réaliser un plafond en bois en forme de coque de bateau renversée. Il est construit en cèdre des missions, comme l'autel. La porte comme plusieurs éléments du retable ne sont pas d'origine: au moment de l'expulsion des jésuites, leurs bâtiments ont été pillés pour décorer d'autres édifices religieux. Le Museo histórico de la ciudad, qui présente cette riche histoire, abrite aussi une exceptionnelle bibliothèque. Les jésuites faisaient venir des ouvrages d'Europe, sur l'histoire, la botanique, la médecine, la théologie bien sûr. Après leur expulsion, ce fonds, estimé à 12.000 documents, a été dispersé, notamment dans la Bibliothèque nationale de Buenos Aires qui les a restitués en 2000. Parmi les pièces rares, une bible de 1645 en dix énormes volumes et écrite en sept langues, dont le chaldéen, le syriaque… Des estancias pour nourrir les étudiants L'université, le noviciat, l'église, une crypte un peu plus loin… Pour financer tout cela et nourrir les étudiants, l'ordre devait trouver des fonds. Il décide alors de construire des estancias, des fermes à quelques dizaines de kilomètres de Córdoba. Il y en avait six, et on peut en visiter cinq aujourd'hui, celle de San Ignacio ayant disparu. Fruits, légumes, céréales, vin, viande étaient ainsi produits localement pour alimenter les novices et les pères. On y élevait aussi des mules, moyen de transport indispensable dans les échanges du vice-royaume. La première estancia est construite dès 1616 à Caroya, la dernière à la Candelaria en 1687. Les propriétés étaient immenses et les pères faisaient travailler des esclaves noirs et des Indiens rémunérés, logés dans des rancherías aujourd'hui disparues. Les estancias de Jesús María et Alta Gracia ont mis en scène des expositions sur l'histoire coloniale. Dans ces lieux de production, les pères n'oubliaient pas leur mission évangélisatrice. Ils utilisaient des sculptures religieuses très réalistes, exprimant une grande souffrance, dans le but d'impressionner les indigènes. Autre curiosité: les toilettes. Caractéristiques des maisons jésuites, ces toilettes ultramodernes pour l'époque utilisaient l'eau courante et une fosse d'évacuation entre deux murs. Prospère et puissant, l'ordre des Jésuites, qui ne rend de comptes qu'au pape, finira par lui attirer l'hostilité des monarchies européennes. Le Portugal l'interdit, puis la France de Louis XV, puis l'Espagne, en 1767. Cette année-là, les jésuites doivent quitter tous les territoires de la couronne espagnole. Leurs biens sont saisis, repris en main par le royaume ou confiés à d'autres ordres. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le Colegio et l'université de Córdoba ont été nationalisés. Laurence RIZET. (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) vendredi 18 mai 2007
Infos pratiques La manzana jesuítica se trouve entre Obispo Trejo et Vélez Sarsfield, entre Caseros et Duarte Quiros. Université nationale de Córdoba et Colegio Monserrat: visites guidées mardi et mercredi à 11h et 15, samedi à 11h et 12h. Plus en périodes de fêtes, tél.: (0351) 433-2079 Museo histórico: 9h-13h, 16h-20h. Visites guidées à 10h, 11h, 17h et 18h. Tél.: (0351) 433 2075
Estancia Alta Gracia: à 36 km au sud-est de Córdoba. Informations: (03547) 421303 Estancia Caroya: à 44 km au nord. Informations: (03525) 426701 Estancia Jesús María: à 48 km au nord. Informations: (03525) 420126 Estancia Santa Catalina: à 70km au nord. Informations: (03525) 421600 Estancia La Candelaria: à 220km au nord-ouest. Crypte: Av Colón/Rivera Indarte. 9-14h
Office du tourisme: dans le cabildo sur la place San Martín. Dirección de turismo Casa de Córdoba à Buenos Aires: Callao 332. Tél.: 4373-4277
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