L'immense richesse du cinéma japonais Après l'étonnant Tomu Uchida, les Editions Wild Side redécouvrent Eiichi Kudo et proposent un superbe coffret contenant trois films et des bonus dans leur célèbre collection des Introuvables
 Coffret Samouraïs Revolution de Eiichi Kudo Les treize tueurs (1963) Le grand attentat (1964) Les onze guerriers du devoir (1966)
Eiichi Kudo (1929-2000) est un de ces brillants cinéastes qui ont su concilier les exercices imposés des studios et ses exigences d'auteur. A l'instar des réalisateurs Kinji Fukasaku, Yasuro Masumura, Kenji Misumi, Tomu Uchida ou Hideo Gosha, la carrière de Kudo sera révélée au public occidental grâce au DVD et à l'intelligence cinéphilique de quelques maisons d'édition. Sa flamboyante trilogie serait restée encore longtemps inconnue sans la curiosité si précieuse de l'équipe de Wild Side. Trois films pour trois épopées meurtrières, trois ambiances totalement différentes. Trois films et un réalisateur à découvrir de toute urgence.
Les Treize tueurs: La tête de Narigutsu, demi-frère du Shogun, est mise à prix par un ministre qui refuse de le voir un jour avec des responsabilités et des influences. 12 assassins commandés par l'inspecteur Shinzaemon ont 60 jours pour réussir... Technique virtuose, composition éblouissante, mécanique narrative impressionnante, Les Treize tueurs illustre à merveille l'art d'Eiichi Kudo plus proche de Kobayashi que de Kurosawa. Gérant avec une rare précision, temps forts et intermèdes préparatoires, combats d'une violence sèche mais théâtralisés et long moments d'attente oppressante, le cinéaste fait preuve d'une maestria cinématographique saisissante. Ce film est sans conteste une perle méconnue.
Le grand attentat: Jinbo, petit samouraï fonctionnaire sans histoire, voit sa vie basculer le jour où un de ses amis - soupçonné d'appartenir à un groupe révolutionnaire - se réfugie chez lui pour fuir une violente rafle policière. Voulant s'interposer, Jinbo est accusé de complicité tandis que sa femme est tuée devant lui. Moins nerveux, plus documentaire dans sa forme, Le grand attentat devient au fil d'un scénario remarquable une métaphore du mouvement radical étudiant des années 60 au Japon. Si les sabres et les lances s'entrechoquent moins que dans Les treize tueurs, ce film n'en est pas moins passionnant, apportant un regard âpre sur l'injustice et son corollaire, la vengeance. Des plans étonnants, caméra à l'épaule, s'avèrent en parfaite adéquation avec l'image d'un Japon amer, nihiliste et violent que Kudo nous propose. L'objectif colle au plus près des personnages, est maculé de sang et de boue tout comme eux, surprend un chaos de sabres et de kimonos, s'attarde sur la mort lente, douloureuse, sale…
Les Onze guerriers du devoir: Ere Tempo, 1838. Au cours d'un incident frontalier, le seigneur du fief d'Oshi est provoqué et tué par le seigneur du fief voisin, le cruel et despotique Nariatsu. Mais après enquête, le pouvoir central à Edo va donner raison à Nariatsu, car il est le fils de l'ancien Shôgun. Oshi organise sa vengeance: onze samouraïs, parmi les meilleurs guerriers du fief, vont donner leur vie pour réparer l'injustice. Kudo revient ici à une forme relativement plus classique. Entre théâtralité, sensualité et excès des passions, il déroule l'histoire d'une conjuration sans répit ni pitié pour la maîtrise du pouvoir. Moins amer et cynique que dans les deux films précédents, Kudo réalise un film sensible, élégiaque et mélancolique où les traits de violence sont moins radicaux. Le scénario toujours parfaitement ciselé s'attache encore une fois à plusieurs personnages évoluant autour du héros. Privilégiant la tendresse à la brutalité, la caméra poignante et sobre vole quelques moments d'intimité, s'attarde sur une main qui amorce une caresse, exhale la douleur d'une séparation. Evitant avec intelligence de faire résonner la fibre mélodramatique, Kudo dépeint avec justesse le déchirement d'un drame familial et amoureux.
Ces trois films ont été très correctement restaurés et bénéficient de quelques bonus bien alléchants. Sur chacun des trois DVD, un documentaire, basé sur des interviews de personnes qui ont connu le cinéaste, divisé en trois parties et intitulé Samouraï guérilla est une excellente approche du travail d'Eiichi Kudo comparé à d'autres réalisateurs comme Tomu Uchida. Il éclaire d'un jour aussi neuf que bienvenu une oeuvre et un temps où de profondes mutations affectèrent l'industrie du cinéma nippon. Le DVD 2 renferme aussi un entretien émouvant de Maasaki Ito, assistant et beau-frère de Kudo. Le DVD 3, quant à lui, complète ses bonus avec un joli documentaire de Fabrice Arduni et une parfaite introduction au travail du cinéaste.
Gérard CAMY. (www.lepetitjournal.com - Monaco) jeudi 3 mai 2007
JEU "CINÉPHILES"
Répondez à la dernière question et gagnez des places de cinéma pour les séances de projections organisées par Cannes Cinéphiles (salles La Licorne, Studio 13, Raimu) pendant la période du Festival de Cannes!*
Le jeu "Cinéphiles" se termine avec cette dernière question. Une réunion sera organisée au Théâtre de la Licorne à Cannes, le 10 mai à 18 heures, afin de connaître les détails de l'organisation et les possibilités.
À l'occasion du 60e Festival international du film de Cannes, Le Petit Journal vous fait gagner des places pour les projections: il suffit de donner les bonnes réponses aux questions hebdomadaires qui paraissent chaque semaine dans cette rubrique DVD de Gérard Camy
Question 5: Quel réalisateur japonais a remporté deux palmes d'or à Cannes et quels sont les titres des deux films ?
Envoyez votre réponse jusqu'à dimanche prochain minuit à cap3d.contact@gmail.com en précisant dans le titre: "Jeu Cinéphiles 5"
* Les places sont offertes, dans le cadre du Festival, par Cannes Cinéma pour des projections dans ses salles afin de découvrir des films des sélections officielles, de la Quinzaine et de la Semaine. |