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Christine Pütz, politologue allemande, chercheuse au centre Marc Bloch à Berlin, est une fine connaisseuse de la vie politique française. Pour elle, l'élection présidentielle de 2007 montre les signes d'un changement profond dans la pratique politique en France : l'américanisation de la présidentielle "Le vote de base a affaibli les logiques d'appareil dans la sélection du candidat", Christine Pütz (Photo. C. B.)
Que remarquez-vous de nouveau dans la campagne et dans le premier tour de l’élection présidentielle française ? Je constate plusieurs choses. D’abord, un changement dans la pratique du débat politique, dont les conséquences sont profondes. Ségolène Royal, même si elle a beaucoup déçu dans la campagne, a eu un bon début avec son concept de démocratie participative. Ca a été une manière d’intégrer des gens qui, sans être militants, voulaient participer d’une manière ou d’une autre dans l’élection et le débat. Ensuite, il y a un changement dans le mode de désignation des candidats à la présidentielle. Par exemple au parti socialiste. Avant, c’était la direction du parti qui choisissait le candidat. Or Ségolène Royal a pu profiter du vide à la direction du parti en intégrant des sympathisants, c’est une américanisation de l’investiture du candidat à la présidentielle. C’est la raison pour laquelle elle a pu dépasser les éléphants qui étaient en mesure de devenir candidats. Il faut voir si cette tendance se confirme ou non. Observe-t-on un tel changement à l’UMP ? Oui, à l’UMP, Sarkozy n’était au départ pas voulu par la direction chiraquienne du parti. Comme Ségolène Royal au PS, il a suscité une vague d’adhésions à l’UMP autour de sa personne, il a pu monter à la direction du parti en contournant les chiraquiens. Cela pourrait amener à une nouvelle forme de sélection du candidat à la présidentielle qui affaiblirait l’appareil du parti. Dans ma thèse de doctorat, j’avais montré toute l’importance des partis dans l’élection présidentielle sous la Ve République. Ce sont les partis qui choisissent les candidats, ce qui a pour conséquence que les élections jusqu’à présent étaient moins des élections de personnes que de logiques partisanes. Mais maintenant je vois que ce vote de base pourrait changer ce fonctionnement. Pensez-vous que ça pourrait relancer la participation, l’engagement politique en France? Oui mais là, attention, on observe que les adhésions aux partis se sont justement faites à la faveur d’un événement précis, autour de la candidature d’une personne. Contrairement aux militants pour qui l’engagement en conjugue à long terme, les sympathisants se décident autour d’événements.
C’est précisément le reproche qu’on entend beaucoup vis-à-vis de la campagne, certains ont dit qu’on avait assisté à une campagne d’événements et non de visions ou de grandes orientations… Là aussi c’est une américanisation de la campagne. Les deux grands candidats ont construit leur programme au fur et à mesure, en réagissant sur l’actualité ou sur les sondages. Royal était explicite : "Je veux ce que mes électeurs veulent", c’est ce qu’elle a dit sur la question de l’entrée de Turquie dans l’Union européenne. Sarkozy a également été très attentif aux sondages dans l’élaboration de son programme. S'agit-il d'une tendance ou est-ce lié à cette élection ? Beaucoup de Français se sont dit plutôt déçus de la campagne… A mon avis à raison. Moi je crois que c’est un phénomène lié au fait que les relations partisanes se dégradent. Les partis eux-mêmes jusqu’à présent étaient le symbole d’une idéologie précise : le gaullisme, le socialisme, la démocratie chrétienne etc., avec des programmes bien stables, avec un fond idéologique. Les électeurs étaient liés à cette idéologie. Aujourd'hui, ils n’ont plus ce socle et les partis n’ont plus ce lien. C’est la raison pour laquelle les électeurs expriment plutôt des besoins à court terme. Ce sont des tendances qu’on voit depuis une décennie mais qui ont été particulièrement visibles pendant cette campagne Propos recueillis par Cécile Boutelet (www.lepetitjournal.com - Berlin) mercredi 2 mai 2007 Retrouvez notre dossier spécial Présidentielle |