| Ecrit par Cécile Boutelet,
le 10-05-2007 00:00
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Du marché aux puces au Deutsches Historisches Museum une même constante : on peut toujours trouver des objets made in RDA à Berlin. Mais l’exposition Parteidiktatur und Alltag in der DDR ne verse pas vraiment dans l’Ostalgie… Une immersion fascinante et terrifiante dans l’Histoire pour mieux comprendre l’Allemagne d’aujourd’hui
Des livres souvenirs made in DDR (Photo. Blandine Josselin) Ce matin-là, devant l’Université Humboldt, le chaland pouvait facilement acquérir à prix modeste livres d’école et bandes dessinées estampillés DDR dans un marché aux livres qui n’échappait pas à la tendance "ostalgique". A quelques pas de là, au Deutsches Historisches Museum, on pouvait aussi, le temps d’une exposition, retrouver lesdits objets, toujours chargés en émotion pour d’anciens "Ossis" parfois en quête de repères. Mais le regard critique est ici particulièrement manifeste. Depuis 1990, sous le slogan "La RDA appartient au musée", celui-ci s’est donné pour mission de ne pas laisser la RDA disparaître dans l’oubli et l’insignifiance. Depuis longtemps, les "Ossis" amènent donc leurs objets personnels au musée, constituant, képi après transistor, la mémoire du défunt Etat. Le musée les a aujourd’hui réuni pour une exposition exceptionnelle, intitulée Dictature et vie quotidienne sous la RDA. Loin de proposer un assemblage anecdotique d’objets désuets, on veut ici montrer comment le Parti tenta, des années durant, de contrôler systématiquement tous les moindres recoins de la vie quotidienne des citoyens. Objets d’une mémoire vivante, effrayante… Dès l’entrée, le visiteur tombe nez à nez avec un fichier de la STASI, donnant immédiatement et dramatiquement le "la" de l’exposition. Pas de compromis avec l’Histoire ici, les deux étages de l’exposition doivent faire ressentir aux visiteurs, de la manière la plus réaliste qui soit, la plus dure aussi, ce que fut la vie quotidienne de ces 16 millions d’est-allemands. Et rien n’est oublié. A chaque facette de la politique communiste correspondent ses conséquences pour la vie quotidienne du peuple. Du guide de l’athéisme aux médailles du mérite, les objets servent ici une mémoire véritablement vivante puisque chacun d’eux a son histoire, très intelligemment racontée, et s’accompagne de témoignages, qui donnent à l’ensemble un réalisme peu confortable. L’humour noir comme résistance Mais l’exposition n’est pas si sombre qu’elle semble l’augurer, elle montre également les limites du contrôle étatique, la capacité de résistance du peuple à travers l’art mais aussi les blagues interdites, souvent drôles, toujours noires, qui ponctuent chaque panneau. Exemple choisi : "Deux gardes barrières regardent dans la direction de la RFA. L’un des deux brise le silence: - A quoi tu penses ? - A la même chose que toi. - Alors j’ai bien peur de devoir t’arrêter !" A côté des étalages parfois un peu désincarnés des marchés aux puces, les objets peuvent aussi très bien raconter la dictature… Blandine JOSSELIN (www.lepetitjournal.com - Berlin) jeudi 10 mai 2007
Jusqu’au 29 juillet 2007 au Deutsches Historisches Museum Unter den Linden 2, 10117 Berlin Ouvert tlj 10h-18h, entrée 4 euros Information : http://www.dhm.de
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