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Après avoir longtemps considéré l’élection présidentielle française comme un duel classique, reprenant l’expression "Ségo-Sarko" en litanie, la presse allemande découvre cette semaine le phénomène Bayrou et s'interroge sur l'engouement qu'il suscite. Revue de presse François Bayrou en meeting à Caen. (Photo bayrou.fr, site officiel du candidat)
"Le troisième homme". L’expression est reprise cette semaine par une dizaine de journaux et magazines allemands. L’homme en question n’avait jusqu’alors suscité Outre-Rhin qu’un très faible intérêt. François Bayrou en Allemagne était à peine plus considéré qu’Arlette Laguiller, un exotisme de la démocratie française. Mais François Bayrou talonnant Ségolène Royal, c’est une nouvelle donnée de l’élection présidentielle, que les correspondants allemands n’avaient pas vue venir. L’homme d’abord, qui est-il ? "Catholique pratiquant de la campagne du sud de la France" rappelle n-tv, "père de six enfants et plusieurs fois grand-père", souligne der Spiegel, "éleveur de chevaux", précise la Frankfurter Allgemeine Zeitung. C’est pour le côté exotique du personnage, qui n’enlève rien à l’intérêt qu’il suscite. Un admirateur du système allemand ? Si la "stratégie Bayrou" intrigue, ce n’est pas seulement parce qu’elle s’oppose aux divisions traditionnelles de la politique française, mais aussi parce que selon certains médias, elle s’inspire de l’exemple allemand. "Dans une société traditionnellement aussi polarisée, Bayrou se présente avec succès comme un réconciliateur", estime le Handelsblatt. "En cas de victoire, il annonce même une grande coalition à la française. (...) Les Allemands ne sont pas les seuls à rêver à l’harmonie politique". Europolitan.de, site de discussion politique sur l’Europe, souligne les emprunts de Bayrou à l’Allemagne: "un mélange de scrutin majoritaire et de proportionnelle, plus de fédéralisme, plus de dialogue social entre l’État, les syndicats et les entreprises, plus de compétences aux chambres parlementaires et, surtout, un gouvernement de grande coalition". Bayrou, un "héros à la Astérix" Mais c’est la Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung, dans son édition d'hier, qui donne peut-être la clé de l’énigme et restitue au personnage son caractère profondément français. Bayrou serait le symbole de la nostalgie des Français pour les héros rebelles à la Astérix, un "résistant" en lutte farouche contre l’establishment parisien. Astérix révolutionnaire centriste européen réformateur, si la liste est longue, le "troisième homme" pourrait, selon l’hebdomadaire, incarner in fine le partenaire idéal du gouvernement de Berlin, le candidat du centre, "le plus raisonnable de tous". Cécile BOUTELET. (www.lepetitjournal.com - Berlin) lundi 19 mars 2007 |